L’obstacle était communiste

À Malakoff, où Dominique Strauss-Kahn n’avait pas caché l’hostilité de son parti à l’encontre du PCF, la rivalité à gauche a tourné à l’avantage de ce dernier.

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Les électeurs ont tranché. Dans la 11e circonscription des Hauts-de-Seine, où la succession de la députée communiste Janine Jambu avait mis le PS en appétit, c'est finalement une communiste, Marie-Hélène Amiable, maire de Bagneux, qui s'impose comme la représentante de la gauche au deuxième tour. Dimanche, elle a amélioré le score de son aînée avec 27,40 % contre 26,33 % à Janine Jambu en 2002. Catherine Picard, maire adjointe PS de Malakoff, totalise 22,88 % des voix. Face à elles, Jean-Loup Metton, le candidat nouveau centre-majorité présidentielle, recueille 36,30 % des suffrages exprimés. C'est un peu moins que le score totalisé par les candidats UDF et UMP au premier tour des législatives de 2002 (37 %). Le Front national s'effondre de 7,31 % en 2002 à 3,25 %.

Le 18 mai, les socialistes étaient pourtant entrés en campagne en fanfare. Lors d'une visite de soutien à Catherine Picard sur le marché de Malakoff, Dominique Strauss-Kahn avait estimé que le moment était venu de reprendre au PCF cette circonscription perdue en 1993. Une petite phrase du député du Val-d'Oise avait ouvert les hostilités : « Je pense que, dans cette circonscription, le moment est venu, compte tenu de l'évolution des populations, compte tenu des besoins, compte tenu de ce qu'il faut développer comme activité ici, d'avoir un député de gauche qui soit plus proche de la majorité de la gauche, qui soit plus capable de faire avancer les choses. »

À la veille du premier tour, sur ce même marché, la déclaration de DSK continuait de faire des vagues. « Je ne comprends pas, s'étonne Marie-Hélène Amiable, il aurait mieux fait d'aller dans d'autres circonscriptions des Hauts-de-Seine, où la droite est écrasante. D'autant plus que, je me le rappelle très bien, Ségolène Royal appelait sur France 2 à la réélection des députés de gauche sortants... » À quelques pas, la candidate socialiste reproche à sa rivale l'emploi du terme « réélection » : « Je ne voudrais pas sombrer dans la polémique, mais j'aurais préféré qu'elle ne parle pas de réélection. La députée sortante ne se représente pas. C'est une nouvelle donne, cartes sur table, ce sont les électeurs qui décideront. »

Disputée depuis plusieurs élections par le PS et le PC, la 11e circonscription est traditionnellement ancrée à gauche. Les deux candidates et celle des Verts, Carmelina De Pablo, se connaissent depuis des années. « Ce qui est positif, c'est qu'on s'entend bien. On a des idées différentes, mais on fait ressortir nos points communs » , explique cette dernière, tout sourire. Un objectif commun affiché : « Contrer l'offensive bleue. » Mais la forte majorité que Ségolène Royal a obtenue dans cette circonscription lors de l'élection présidentielle (59 % et jusqu'à 64 % à Bagneux) a conforté le PS dans son désir de reprendre l'avantage sur son allié. Et cette entente de façade camouflait une rude bataille pour le premier tour.

Pour tenter de convaincre les électeurs, Catherine Picard a arboré des soutiens de renom, dont plusieurs ont fait le déplacement dans cette circonscription de la banlieue sud : Lionel Jospin, Robert Badinter, Harlem Désir, Christiane Taubira, Catherine Trautmann, Laure Adler, Anne Hidalgo... Sans oublier l'indispensable photographie avec Ségolène Royal.

En vain, puisque les électeurs de gauche ont préféré la continuité et une candidate qui n'a pas joué d'autres soutiens que locaux. Lundi, la candidate socialiste s'est désistée au profit de sa rivale. Son échec, comme celui d'autres socialistes dans le département, freine, au moins pour un temps, les velléités strauss-kahniennes d'enterrer définitivement le PCF.

Les communistes, forts de leur bilan et de leur implantation, sont bien partis pour conserver la circonscription. Le candidat du nouveau centre, seul représentant de la majorité présidentielle dans la circonscription, privé de réserves de voix par la chute du Front national, devrait logiquement s'incliner au second tour.


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