Le feu aux poudres
Les étudiants n’ont pas seulement servi de détonateur à la grève générale. Ils ont aussi posé des questions qui demeurent au cœur de l’héritage de Mai 68. Retour sur l’histoire d’une jeunesse moins marxiste que libertaire.
C'est une formule bigrement dialectique, peut-être marxiste ou hégélienne, mais qui a en tout cas le mérite de mêler comme il faut l'anecdote à la grande histoire~: « Le contingent révèle le nécessaire. » Autrement dit, il ne suffit jamais qu'un pays soit au bord de l'implosion pour que l'implosion ait lieu. Il faut toujours ce petit événement apparemment accidentel, cette étincelle « qui met le feu aux poudres ». Eh bien, Mai68, c'est d'abord cela~: un enchaînement de bourdes politiques et policières qui ont tôt fait de transformer en émeutes une vague agitation. Si bien que l'on n'en finira jamais de s'interroger~: la révolte étudiante aurait-elle eu lieu si le doyen de la faculté de Nanterre, Pierre Grappin, n'avait pas décidé de faire comparaître devant un conseil de discipline huit étudiants un peu « agités », dont René Riesel et Daniel Cohn-Bendit~? La révolte aurait-elle eu lieu si le recteur Roche, de l'académie de Paris, n'avait pas requis la police pour faire interpeller, dans l'enceinte même de la Sorbonne, la centaine d'étudiants qui y tenaient meeting en solidarité des huit de Nanterre~? Deux gaffes qui sont curieusement l'oeuvre de grands universitaires, et non de la hiérarchie policière, réticente au contraire à intervenir.
Le 6 mai 1968, rue Saint-Jacques. Les Parisiens croient voir des scènes de guerre civile. AFP
Voilà donc les petits événements qui, en quelques heures, ce 3 mai 1968, embrasèrent le Quartier latin. Le contingent qui révéla le nécessaire. Il y faut ajouter un troisième élément qui fit rapidement monter les enchères~: la violence spontanée des policiers dès les premiers heurts avec les manifestants sortis dans la rue pour demander la libération de leurs camarades. On voit l'engrenage. Un doyen qui sanctionne à l'excès une poignée d'étudiants frondeurs~; un recteur qui prend peur face à un meeting qui était un échec~; et des policiers qui, aux premières heures du crépuscule, embarquent massivement dans leurs fourgons et donnent rageusement de la matraque boulevard Saint-Michel et autour de la Sorbonne. Ainsi a commencé « Mai68 ». On pourrait presque s'en tenir là, avec cette lecture possible de l'histoire qui fait la part belle à l'erreur humaine.
Mais, comme toujours face à des événements complexes, une seule explication ne suffit pas. Un autre élément nous invite à fouiller plus en profondeur~: l'incroyable violence de ces premières heures de manifestations improvisées. Car s'il y eut violence policière en ce début de soirée dans le Quartier latin, il y eut aussi violence
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