J’ai mal au boulot
Avec la réforme des régimes spéciaux et la conférence sur l’amélioration des conditions de travail, un mal-être invisible fait irruption sur la scène publique : celui de la « pénibilité », aujourd’hui plus souvent psychique que physique.
dans l’hebdo N° 970 Acheter ce numéro

Le 11 septembre, à Rennes, Nicolas Sarkozy assénait : « La vérité, c'est qu'il existe des régimes spéciaux de retraite qui ne correspondent pas à des métiers forcément pénibles, et qu'il existe des métiers pénibles qui ne correspondent pas à un régime spécial de retraite. » La phrase est astucieuse et reprise partout dans la presse. Mais jamais expliquée. Car qu'entend au juste le Président par « métiers pénibles » ?
Dans une société de l’apologie de la réussite individuelle, la mise en échec est devenue une maladie honteuse. JUPITERIMAGES
Cette fameuse « pénibilité au travail » est en réalité un casse-tête qui oppose et divise jusqu'aux syndicats. D'un côté, il y a la pénibilité éprouvée au quotidien par vingt millions de salariés ; de l'autre, celle reconnue par la loi et qui intervient directement dans la question des retraites. Cette dernière acception reconnaît seulement trois critères justifiant d'un départ anticipé à la retraite. D'abord, le travail « à risque », au cours duquel le salarié évolue dans un environnement toxique, potentiellement cancérogène. Ensuite, le travail de nuit, qui peut à long terme entraîner des troubles du sommeil ou d'autres pathologies. Enfin, les efforts physiques intenses, qui ont des incidences sur la qualité de vie du futur retraité.
Cette définition de la pénibilité repose sur un principe rationnel : un salarié qui a cotisé toute sa vie pour sa retraite est légitimement en droit d'en profiter pleinement en bonne santé , et proportionnellement aussi longtemps que les salariés bénéficiant d'une espérance de vie supérieure. Une gageure quand on sait qu'un cadre vit en moyenne sept ans de plus qu'un ouvrier du bâtiment !
Ces critères objectifs ne s'intéressent donc qu'aux traces de la pénibilité dans « l'après-travail », et n'ont, de fait, rien à voir avec le rapport subjectif d'un salarié à sa profession. « La pénibilité prise en compte dans la négociation des départs en retraite n'est pas celle qui fait qu'un travailleur en a marre de travailler , souligne l'ergonome et spécialiste de la santé au travail Serge Volkoff [^2]. Il vaudrait mieux parler de "travail
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