Oral de plaisir

Jacques Bonnaffé reprend en solo les calembours et contrepèteries de Jean-Pierre Verheggen.

Gilles Costaz  • 6 décembre 2007 abonné·es

Comme la mer les galets, le succès émousse ou polit bien des acteurs. Pas Jacques Bonnaffé, qui renoue avec la poésie de Jean-Pierre Verheggen dans un récital défiant la bienséance du beau langage et de nos sociétés domestiquées. L’Oral et Hardi, dit le titre ­ déjà un pied de nez à la poésie de salon. Il faut dire que les textes sont extraits de Logorra-bouffe, d’ Artaud Rimbur, de Portrait de l’artiste en Castafiore catastrophique et d’autres recueils qui relèvent, selon André Velter, de « l’opéra bouche ». Cela secoue le verbe et les certitudes par tous les sons et toutes les syllabes. « Pour sortir de la langue un son qui vaille ­ fût-ce vaille que vaille ! ­ faut d’abord qu’on descende aux entrailles d’nos propres tréfonds » , dit Verheggen, grand écrivain griffu, qui dit d’abord l’urgence de parler, puis celle d’explorer tout ce qui est caché en l’homme et nous relie les uns aux autres.

Bonnaffé arrive sur la scène comme un VRP ou un bonimenteur cravaté. Très propre sur lui, comme on dit avec cet humour populaire qu’il sait lui-même porter haut et mêler aux paroles des plus grands auteurs. Il énonce alors des vérités qui, portées par les calembours, ont la tête à l’envers, traduit des locutions latines dans une grande folie des sens. C’est Verheggen qui parle en lui. Et Bonnaffé va perdre peu à peu sa cravate et sa veste pour se promener dans une fête des mots qui donne le vertige. Ce grand rire salue l’être humain dans son accord et son désaccord avec les mots, sans oublier les belles distorsions des provinces françaises et, avant tout, ce qu’apporte la Belgique, avec le « bon puat de sous-langage wallon » . Voilà qui tombe bien, au moment où la Belgique doit défendre son identité face aux coups des flamingants !

Le jeu de Jacques Bonnaffé, dont on admire le caractère acrobatique, tient du combat forain, du match de boxe, du dialogue ivre au comptoir, du cri dans la nuit, du chant à tue-tête et de l’adresse au ciel. Somptueusement délirant et fraternel.

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