Sarkozy: un mensonge à la minute

Michel Soudais  • 11 février 2008
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Nicolas Sarkozy s’est invité à dîner ce soir dans tous les foyers. Pas une fois (j’ai bien écouté) je l’ai entendu nous dire «je ne vais pas vous raconter d’histoire» . L’absence de ce gimmick, si caractéristique de sa rhétorique, était suffisamment inhabituelle pour me mettre la puce à l’oreille. Cette fois, le chef de clan de Neuilly a dû se dire qu’il ne servait à rien de faire semblant. Car hier soir, le mari bling-bling de Carla Bruni était bien décidé à nous en conter des histoires. Et pas qu’un peu! J’ai tendu l’oreille, réécouté, compté… En sept minutes d’allocution, sept mensonges! Sarko Ier se chiraquise décidemment à grande vitesse. En chute libre dans les sondages, il cherchait bien évidemment à redorer son blason présidentiel en se prévalant d’un «succès» du traité de Lisbonne grâce auquel, selon lui, «la France est de retour en Europe» . Mais cette démonstration ne tient qu’à condition de prendre une grande liberté avec les faits.

1. Nicolas Sarkozy persiste à présenter le traité de Lisbonne comme un «traité simplifié» . Il l’a répété à cinq reprises. Mais la répétition d’un mensonge n’en fait pas une vérité. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de refaire une nouvelle fois, ici, la démonstration que ce traité n’est ni mini, ni simplifié. Ce qui en revanche a été simplifié c’est la procédure d’adoption de cette Constitution européenne-bis.

2. «C’est la France qui a pris l’initiative de proposer» ce traité. S’il est humain que Nicolas Sarkozy veuille tirer la couverture à lui, afin de se présenter en sauveur de l’Europe, rappelons que nos partenaires avaient envisagé plusieurs hypothèses pour remplacer le traité constitutionnel européen rejeté. Ils attendaient juste de connaître le résultat de l’élection présidentielle française pour savoir quelles seraient les exigences du nouvel élu. Quelle serait sa lecture du «non» au référendum du 29 mai 2005. Le traité de Lisbonne, hormis quelques concessions symboliques destinées à séduire les électeurs de la droite souverainiste, ne prend en compte aucune des revendications des électeurs du «non». Parce que Nicolas Sarkozy n’a rien demandé de tel et n’a rien négocié.

**3. «Il n’était pas question de demander au peuple français et au peuple néerlandais de se déjuger.» Ce qui a été décidé à Lisbonne est pire encore: les Vingt-sept se sont entendu pour ne surtout consulter aucun peuple. Et donc leur imposer un mode d’organisation et de fonctionnement de l’Europe ainsi que des politiques dont les dirigeants européens savent fort bien qu’en cas de référendum plusieurs pays les refuseraient. Nicolas Sarkozy le sait si bien qu’il en fait enfin l’aveu: *«Pour convaincre tous nos partenaires d’accepter ce nouveau traité simplifié que nous leur proposions et qui n’était plus une Constitution, il fallait qu’en cas d’accord nous nous engagions à le faire approuver par voie parlementaire. Si cette condition n’avait pas été remplie, aucun accord n’aurait été possible.» Le seul deal auquel s’est prêté Sakozy a consisté à brader la souveraineté du peuple contre une normalisation européenne de la France.

**4. «Il fallait débloquer un système de décision qui ne correspondait plus aux exigences d’une Europe à 27 et qui la paralysait.» Foutaise que cette histoire de paralysie! Contrairement aux idées reçues, la durée moyenne d’adoption d’une directive est passée de 18 mois à 12 mois depuis le grand élargissement de 2004. *«Les craintes d’un blocage, y compris les miennes étaient donc infondées» , reconnaissait honnêtement Renaud Dehousse, directeur du Centre d’études européennes de Sciences-Po, dans Libération , le 21 juin 2007. Non seulement le système de décision actuel n’a pas ralenti le rythme des directives de libéralisation de secteurs entiers de l’économie, mais ce système est si peu un handicap que le traité de Lisbonne ne le changera pas avant… 2014, voire 2017.

5. Un traité «ne conservant que les dispositions institutionnelles qui avaient
paru recueillir un consensus assez large»
.
Ce n’est pas au lecteurs de ce blog, que j’aurai besoin de démontrer une nouvelle fois que le traité de Lisbonne ne se contente pas de reprendre la partie institutionnelle du traité constitutionnel européen, laquelle était d’ailleurs contesté sur plusieurs articles se rapportant notamment au statut de la Banque centrale européenne ou à la défense européenne s’agissant de son lien avec l’Otan ou de l’obligation d’augmenter les dépenses d’armement.

6. Ce traité «marque une inflexion par rapport aux dérives qui s’étaient manifestées dans un passé récent» . Puisque Nicolas Sarkozy prend soin de préciser la nature de ces dérives (l’Europe rend la vie plus dure à ses peuples, ne défend pas les entreprises face aux concurrences déloyales…), disons tout net que loin de changer les politiques libérales de l’Union européenne le traité de Lisbonne va encore les aggraver puisque des amendements touchant à la politique commerciale ou à la circulation des capitaux entre l’UE et le reste du monde accentuent le parti-pris libéral et libre-échangiste.

**7. «Maintenant, l’enjeu est de remettre de la politique en Europe, de ne plus abandonner l’Europe au seul jeu de règles automatiques qui ne laissent aucune place à la décision et à la responsabilité politique.» Plus c’est gros… Les «mécanismes automatiques» que Nicolas Sarkozy fait mine de fustiger sont confortés et renforcés par le traité de Lisbonne. C’est le cas des critères du pacte de stabilité, ou de l’indépendance de la BCE, qui n’a toujours comme seul mandat que la lutte contre l’inflation. Quant à la politique et au débat qu’il faudrait réintroduire, mieux vaut rire d’un tel cynisme! Le refus du référendum était un refus du débat politique sur l’Europe. Et quand à la fin de son allocution le même Sarkozy forme le vœu que les Français se rassemblent, *«dépassant les clivages partisans et les oppositions du passé, (…) pour que l’Europe se fasse» , il dit encore que l’Europe ne doit pas être un enjeu politique. Au nom de la très antidémocratique prétention de libéraux qui veut qu’il n’y ait plus qu’une politique possible.

Temps de lecture : 5 minutes
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