Un mariage peut cacher une forfaiture

Michel Soudais  • 3 février 2008
Partager :

Il tombe à point ce mariage présidentiel ! Non pas seulement, comme on nous l’explique, parce que l’officialisation de son union avec Carla Bruni permettra à Nicolas Sarkozy d’éviter bien des embarras diplomatiques lorsqu’il voyagera à l’étranger dans les pays les plus conservateurs. Mais surtout parce qu’il permet de jeter un voile pudique sur la forfaiture que constitue la ratification du traité de Lisbonne par la voie parlementaire .

Et que l’on ne me dise pas que j’exagère, que la date des épousailles entre notre sautillant président et sa chanteuse-mannequin a été choisie pour des raisons privées. Je ne le croirai pas. Car enfin, si l’on reprend le film du divorce-remariage, la volonté de masquer la trahison du vote des Français sous l’actualité du cœur saute aux yeux:

– 18 octobre. Une fuite confirmée par un communiqué officiel de l’Elysée nous annonce le divorce de Nicolas 1er et de Cécilia. Au beau milieu d’une journée d’action très suivie contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, cette communication apparaît suspecte. Plusieurs commentateurs en font publiquement l’hypothèse. D’autant qu’on nous vend l’image d’un président éploré qui aura du mal à s’en remettre. Dans l’ensemble pourtant les médias couvrent assez bien la mobilisation sociale. En revanche, les envoyés spéciaux au sommet de Lisbonne, qui commence ce 18 octobre à la fin de l’après-midi, n’ont d’yeux que pour notre chef d’Etat. Comment réagit-il? Tient-il le coup? Dans la nuit, les vingt-sept adoptent le traité modificatif européen, mais les petits Tintin des JT scrutent les vagues à l’âme de notre monarque. Résultat, peu d’infos sur le traité… C’est toujours ça de gagner, se félicite-t-on au Château.

– 15 décembre. Nicolas 1er s’affiche avec sa nouvelle compagne, l’ex-top model Carla Bruni, à Disneyland Paris, haut lieu de sa culture, sous l’objectif des photographes. La semaine a été marquée par la visite controversée du dictateur Lybien à Paris. Mais le chef de l’Etat a aussi signé le 13 décembre, à Lisbonne, le nouveau traité européen qui remplace le traité constitutionnel européen rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005, avant de participer à un Conseil européen, à Bruxelles. Dès le lundi 17 décembre, dans tous les journaux, même ceux réputés sérieux, l’idylle présidentielle fait oublier l’épisode Kadhafi et surtout l’actualité du traité. Jusqu’à Noël, «les Feux de l’amour» nourrissent la rubrique politique. La décision du Conseil constitutionnel sur le «traité de Lisbonne», rendue le 20 décembre, passe inaperçue.

– 2 février. Mariage au Château de la belle et du divorcé, dans l’intimité. La nouvelle est officialisée à l’heure où se tient un rassemblement du Comité national pour un référendum. Faute d’obtenir la «photo de famille» des tenants du référendum qu’elles voulaient[^2], les télés sont parties: Pas d’image, pas de sujet! La règle (implacable) ne vaut pas pour la love story élyséenne. Ce matin, Le Parisien et le Journal du dimanche , seuls journaux dominicaux en région parisienne, tartinaient sur les épousailles; pas une ligne en revanche sur le meeting de la Halle Carpentier.

Parions que les journaux de demain continueront à gloser sur ce mariage à l’Elysée, le second après celui de Gaston Doumergue, etc. On nous renseignera sur la robe de la mariée, la marque de sa bague et toutes les futilités propres à faire rêver dans les chaumières. Et cela durera au moins jusqu’à jeudi, jour de parution des hebdos. De quoi faire oublier (ou reléguer au second plan dans le meilleur des cas) qu’à Versailles, lundi, les parlementaires réunis en Congrès s’apprêtent à désavouer le vote du peuple français du 29 mai 2005. D’ailleurs, sitôt acquise la révision de la Constitution française, il est prévu que l’Assemblée nationale débatte du traité proprement dit, à la sauvette, dans la nuit de mercredi à jeudi.

La robe de la mariée était d’une étoffe dont on fait les rideaux de fumée.


PS: Serge Faubert, un copain, fait le même constat sur son blog, ce qui ne me surprend pas.

[^2]: Marie-George Buffet, Jean-Pierre Chevènement, Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélenchon et la vingtaine d’intervenants qui se succèdent à la tribune, ensemble sur une même scène, main dans la main.

Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don !

Envie de soutenir le journal autrement qu’en vous abonnant ? Faites un don et déduisez-le de vos impôts ! Même quelques euros font la différence. Chaque soutien à la presse indépendante a du sens.

Faire Un Don