Fiers et visibles !

Le nouveau Centre lesbien, gay, bi et trans de Paris vient d’ouvrir ses portes. La raison d’être de ce lieu d’accueil des associations est avant tout la lutte contre l’homophobie, toujours vivace en France.

Olivier Doubre  • 27 mars 2008 abonné·es

Un grand drapeau arc-en-ciel attire l’oeil depuis quelques semaines rue Beaubourg, dans le IIIe arrondissement de Paris. Le nouveau Centre lesbien, gay, bi et trans de Paris (LGBT) s’est en effet installé là il y a peu, après avoir quitté l’ancien local, sombre et exigu, de la rue Keller (Paris XIe), qu’il occupait depuis plus de quatorze ans.

L’inauguration a eu lieu mardi 26 février en présence de Bertrand Delanoë, qui, lors de sa première campagne municipale, en 2001, s’était engagé à ce que Paris ait un Centre gay et lesbien comparable à ceux des autres grandes capitales européennes. C’est d’ailleurs le cabinet du maire de Paris qui, après plusieurs années de recherches, a indiqué à l’équipe du Centre avoir trouvé de nouveaux locaux adéquats.

Installé sur trois niveaux, le nouveau Centre LGBT de Paris est d’abord, comme tient d’emblée à le rappeler Christine Le Doaré, sa présidente, un lieu dédié « à la lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie : tout ce que nous faisons ici concourt à ce combat » . Ancienne présidente de SOS Homophobie, une des associations les plus investies dans ce domaine, domiciliée au Centre, Christine a toujours en mémoire ces appels terribles, sur la ligne d’écoute de l’association [^2], de personnes ayant subi des agressions.

Àpartir de ces témoignages, SOS Homophobie publie chaque année, en juin, son Rapport sur l’homophobie en France , et prépare actuellement l’édition 2008, douzième du nom. Le Centre LGBT met ainsi à sa disposition, comme à d’autres associations, une salle et des téléphones pour les « écoutants » qui répondent aux personnes, souvent en détresse, victimes de l’homophobie ordinaire. Car cette forme de violence, si elle a (heureusement) aujourd’hui beaucoup moins droit de cité publiquement, dans les médias ou les déclarations de personnalités politiques, ne reste pas moins une forme de discrimination diffuse, avec son lot quotidien d’humiliations. Et les jeunes sont parmi ceux qui en souffrent le plus. On le sait un peu plus aujourd’hui, bien que l’information soit encore trop peu reprise par les grands médias : près d’un tiers des suicides d’adolescents ou de jeunes adultes en France ont, de nos jours, directement pour cause l’homophobie. Souvent très seuls, ils vivent en général dans un environnement où il leur est impossible de parler de leur préférence sexuelle et encore moins de l’assumer ouvertement, au grand jour, comme leurs copains hétérosexuels peuvent le faire.

Dans un tel contexte, l’ouverture de ce centre ayant pignon sur rue, dans une artère à forte circulation, se veut l’affirmation d’une présence. Et du refus de baisser la tête. La visibilité contribue en effet à ce combat. En dépit de deux ou trois petits gestes d’hostilité à travers les vitrines du rez-de-chaussée, les animateurs du Centre se sentent plutôt soutenus par les autorités depuis leur installation : deux policiers du commissariat tout proche sont mêmes venus à la soirée d’inauguration et ont assuré que les patrouilles du secteur sont attentives à la sécurité de ce nouvel établissement dans le quartier.

Autre soutien, financier cette fois, la Ville de Paris a décidé d’attribuer 100 000 euros par an au fonctionnement du Centre. Ravie de cette aide précieuse, Christine Le Doaré rappelle toutefois que 165 millions d’euros sont attribués par la municipalité aux actions de solidarité : « C’est une part très raisonnable, compte tenu du taux de suicide et de la contamination par le VIH chez les populations auxquelles nous nous adressons. »

La présidente insiste d’ailleurs sur le rôle social du Centre, dont l’action repose sur « trois piliers » . Tout d’abord, une cinquantaine d’associations y sont domiciliées, ce qui en fait une « maison des associations gays, lesbiennes, bi et trans » , depuis la Fédération sportive gaie et lesbienne (qui regroupe elle-même plus de 60 associations, tous sports confondus) à l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), dont le combat se concentre essentiellement sur la question de l’homoparentalité, jusqu’à Bi-Cause (association de bisexuels, qui doivent eux-mêmes se faire une place parmi les revendications des homosexuels) ou l’Ardhis, qui lutte pour les droits des homosexuels migrants ou sans papiers.

Deuxième pilier, le Centre se veut un « lieu d’accueil et de soutien » qui accueille des permanences juridique et sociale, d’aide à l’emploi, de médiation familiale et d’information sur le tourisme. Enfin, « la lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie » constitue le troisième axe, auquel concourt chacune des associations adhérentes du Centre. Celui-ci anime ou participe ainsi à des initiatives de lobbying militant auprès des pouvoirs publics, des collectivités territoriales ou de diverses administrations, ainsi qu’à la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie (Idaho, International Day against Homophobia) chaque 17 mai, qui lutte pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Car soixante-dix États dans le monde poursuivent encore à ce jour, dans leurs codes pénaux, les amours entre personnes du même sexe.

Mais la vigilance ne se tourne pas seulement vers de lointaines contrées puisque les animateurs du Centre ont eu, le mois dernier, la surprise d’apprendre que, durant les vacances de février, un grand nombre de bibliothèques d’établissements scolaires français avaient reçu gracieusement (et sans l’avoir demandé) un volumineux manuel intitulé Homme et femme, Il les créa , publié par de mystérieuses éditions Académie d’éducation et d’études sociales. Or, l’ouvrage, d’inspiration clairement créationniste, contient des contributions du député UMP du Nord Christian Vanneste, condamné pour propos homophobes par le tribunal correctionnel de Lille le 24 janvier 2006, à la suite de ses déclarations dans la Voix du Nord , où il avait affirmé que « l’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité » (sic), ou de Tony Anatrella, prêtre et expert du Vatican sur la question gay en tant que membre du Conseil pontifical pour la famille, connu pour ses positions contre les homosexuel(le)s. Un exemple récent de l’utilité de la présence d’un Centre gay et lesbien en plein coeur de Paris.

[^2]: N°Azur: 0810 108 135.

Société
Temps de lecture : 5 minutes

Pour aller plus loin…

Face à l’extrême droite, un bloc syndical et citoyen déterminé
Mobilisation 11 juin 2024

Face à l’extrême droite, un bloc syndical et citoyen déterminé

Les organisations syndicales veulent poursuivre l’esprit unitaire de la bataille des retraites, conscientes, comme la société civile, que le combat ne fait que commencer jusqu’aux législatives.
Par Hugo Boursier
Kylian « Megalopolis » Mbappé
Sport 4 juin 2024 abonné·es

Kylian « Megalopolis » Mbappé

L’attaquant français rejoint logiquement le Real Madrid au terme d’un exercice de communication parfaitement maîtrisé. Le capitaine des Bleus est un des Français les plus médiatiques et influents aujourd’hui, ce qu’Emmanuel Macron a bien compris.
Par Nicolas Kssis-Martov
« Avec ce qu’il se passe en Palestine, je ne peux pas ne pas voter »
Reportage 29 mai 2024 abonné·es

« Avec ce qu’il se passe en Palestine, je ne peux pas ne pas voter »

Ce 28 mai au soir, des milliers de personnes, dont une majorité de jeunes, se sont réunies place de la République en soutien à la Palestine, avant de se retrouver pour certain·es au « Manifestival » organisé par Louis Boyard. Sébastien Delogu, le député ayant brandi un drapeau palestinien à l’Assemblée, y est apparu.
Par Éléna Roney
Un observatoire pour recenser les atteintes à la liberté de la presse en France
Presse 28 mai 2024 abonné·es

Un observatoire pour recenser les atteintes à la liberté de la presse en France

L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp) s’est lancé le 24 mai lors d’une rencontre publique, réunissant citoyens et journalistes. Il entend recenser et rendre publiques les entraves au droit d’informer, en publiant un rapport annuel.
Par Clémence Le Maître