Salon du livre : « Un critère politique est sous-jacent au critère linguistique »
Essayiste et traducteur israélien, Amotz Giladi* regrette que le Salon du livre de Paris n’ait invité que des auteurs israéliens écrivant en hébreu. Décision qui enferme Israël dans une image monolingue et monoculturelle.
dans l’hebdo N° 993 Acheter ce numéro
Que vous inspire l'invitation au Salon du livre d'écrivains israéliens selon le seul critère de la langue hébraïque, alors qu'un certain nombre d'écrivains en Israël écrivent en arabe, en russe, en français ou en anglais?
Amotz Giladi : L'application de ce critère linguistique m'inquiète, pas seulement à cause de la fausse image monolingue qu'Israël offre ainsi au monde, mais d'abord à cause du reflet que cela nous renvoie de nous-mêmes : malgré la réalité multiethnique et multilinguistique du pays (dont l'arabe et l'anglais sont aussi des langues officielles), notre culture est encore loin d'être pluraliste. Le seul écrivain arabe invité est Sayed Kashua, qui écrit en hébreu.
Tel Aviv, 10 août 2006 : conversation entre les écrivains David Grossman, Avraham B. Yehoshua et Amos Oz. GETTY IMAGES/AFP
À ses débuts, l'État d'Israël appliquait une idéologie d'hébraïsation qui visait l'effacement des langues des immigrés. Cette tendance s'est affaiblie par la suite : par exemple, les grands flux d'immigrés russes venus après la dissolution de l'URSS ont largement maintenu l'usage de la langue russe en Israël. De plus, on observe ces dernières années un renouveau d'intérêt pour le yiddish, qui avait été l'une des principales victimes de l'idéologie d'hébraïsation. Mais la littérature en yiddish, qui tient une place importante dans la généalogie de la littérature hébraïque moderne, sera représentée au Salon par une seule rencontre. Même si notre culture est de plus en plus multilingue, nos institutions ne reflètent pas cette réalité.
Hormis la question de la langue, que pensez-vous de la sélection des écrivains invités ?
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