« Aimé Césaire, précurseur d’une approche postcoloniale »

Historienne et vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, Françoise Vergès avait rencontré le poète martiniquais en 2004 pour un livre d’entretiens. Elle revient sur sa trajectoire.

Olivier Doubre  • 24 avril 2008 abonné·es

Lorsque vous décidez de proposer à Aimé Césaire un recueil d’entretiens [^2], un grand silence entoure alors son œuvre et ses engagements politiques…

Françoise Vergès : Un très grand silence, en effet. Jusque dans les milieux intellectuels, où certains pensent même qu’il est mort depuis longtemps. On ne lisait plus le Discours sur le colonialisme ni le Cahier du retour au pays natal. En outre, la loi de 1946 sur la départementalisation [^3], qui deviennent « départements d’outre-mer ». Césaire en est le rapporteur à l’Assemblée constituante à la Libération.) avait été enfouie car considérée comme une loi d’assimilation, donc peu glorieuse. Tout le travail d’homme public de Césaire était donc ignoré. Je trouvais cela scandaleux.

Aimé Césaire au vélodrome d’hiver, à Paris, le 6 juin 1947. AFP

D’abord, c’était quelqu’un qui avait accompagné mon enfance et ma vie – mon grand-père, Raymond Vergès, député de la Réunion, avait présenté avec lui la loi de 1946. Et mon père, Paul Vergès, lui aussi député, avait participé dans les années 1950 au « mouvement pour l’autonomie » : en effet, dix ans après la loi de 1946, les départements d’outre-mer font le constat que les promesses d’égalité politique et sociale n’ont pas été tenues. Ils réclament donc l’autonomie : « La France garde ses prérogatives d’État, mais nous avons notre mot à dire sur notre développement. » Au-delà, c’était aussi pour moi une question de vérité historique, alors qu’on commence à parler de ce qu’on nomme « la question noire »

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