Cannes 2008 : « Je suis de Titov Veles » de T. S. Mitevska ; « Vicky Cristina Barcelona » de W. Allen ; « Gomorra » de M. Garrone ; « la Vie moderne » de R. Depardon
Christophe Kantcheff et Ingrid Merckx sont à Cannes pour le Festival du cinéma. Retrouvez chaque jour sur Politis.fr leurs billets en direct de la Croisette.
Je suis de Titov Veles de Teona Strugar Mitevska ; Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen
Par Ingrid Merckx
C'est une petite ville serrée dans des collines et du sable noir. Avec de jolies ruelles, de jolies fresques sur les murs, de jolies bâtisses, mais une vilaine usine de plomb en son sein, qui crache une fumée tueuse. Depuis la mort de Tito, qui lui a donné son nom, on ne dit plus que « Veles », tout court. Veles est une ville qui meurt, comme ses habitants. Jeune macédonienne de 33 ans, qui a été graphiste avant de passer à la réalisation, Teona Strugar Mitevska a choisi de filmer cette agonie à travers trois personnages, trois sœurs qui ont été très unies depuis le départ de leur mère et la mort de leur père, mais qui sont, elles aussi, en train de s'évanouir, presque des fantômes.
L'aînée, Savica, parce qu'elle est sous méthadone depuis 9 ans et ne s'en sort pas. La cadette, Sapho, parce qu'elle n'attend plus que son visa pour décoller. La benjamine, Afrodita (Labina Mitevsca), parce que, ne pouvant pas partir, comme la plupart des jeunes Macédoniens, coincés dans leur pays, elle s'est enfuie en elle-même et a cessé de parler. Via une voix-off murmurante, tout le film est raconté depuis le point de vue de cette femme-enfant qui rêve beaucoup et ne sort de son petit monde parallèle que lorsque sa sœur aînée fait une crise de manque.
Rarement le manque d'air et d'espoir aura été mis en scène dans une si jolie lumière et autant de percées de couleurs. C'est pourtant bien de la réalité qu'il s'agit dans Je suis de Titov Veles , entre pollution, toxicomanie, visas et enlisement d'un pays : « L'Europe occidentale ignore que nous ne pouvons pas sortir de Macédoine, or la liberté de mouvement est un droit humain » , s'est indignée l'actrice principale, Labina Mitevsca, sœur de la réalisatrice. Toutes deux ont expliqué que le cinéma était pour elles une entreprise
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