« Je vois quelqu’un de nouveau dans votre vie… »

Dans un bar à Paris, des tarologues prédisent l’avenir, se flattant d’user de psychologie plutôt que de divination. Nous avons tenté l’aventure. Mouais…

Eléonora Farade  • 24 juillet 2008 abonné·es

Ambiance sombre et feutrée , déco très cosy à dominante cramoisie : c’est ici que vous avez rendez-vous avec votre destin, à partir de 17 h 30. Le Bar sans nom est le premier bistro de Paris à convier le chaland avide de connaître son avenir. Pour avoir ce privilège, il suffit de consommer, mais on a intérêt à venir tôt, car les candidats au tarot se pressent dès 16 h 30.

Depuis 1999, à la lueur des cierges et des bougies, trois disciples du cinéaste chilien Alejandro Jodorowsky exercent leur art divinatoire. La lecture proposée, cependant, est avant tout psychologique. Si l’on en croit Josette, tarologue : « Tout est basé sur la discussion et n’a rien à voir avec le divinatoire puisque nous pensons que rien n’est écrit à l’avance. » Cette petite femme brune, la cinquantaine passée, considère Jodorowsky comme un « éclaireur » dans sa pratique du tarot divinatoire, qu’ « il décape de son acception occultiste pour la connecter exclusivement à la sphère psychique et intuitive de l’homme »

À 19 heures, après une longue attente, c’est enfin votre heure. Avant vous, beaucoup d’habitués ont fait la bise à Josette. Certains viennent tous les quinze jours, comme s’ils allaient consulter un psy. D’autres viennent en couple, accompagnés de leur chien, mais passent séparément au tribunal du futur.

Illustration - « Je vois quelqu’un de nouveau dans votre vie… »

Il y a là un groupe de jeunes , 20 ans tout au plus, assis à la table 9, « mon ­chiffre porte-bonheur, c’est un signe » se réjouit une des filles. Un garçon, la trentaine, accompagne une amie. C’est la deuxième fois qu’il vient. La première, c’était au printemps ; il avait des doutes concernant sa vie professionnelle : « C’est comme aller à l’ANPE : tu t’assois, tu dis ce que tu aimes et puis ils te guident. » Du coup, maintenant, il va se lancer dans la photographie : « Il paraît que j’ai la fibre artistique, et comme j’aime la photo… »

Son amie, elle, tente depuis six mois d’entrer à Air France. Elle s’est fait tirer les cartes par Moreno, un des tarologues les plus réputés de la place. Il a conseillé à la jeune fille, d’ « uriner dans quatre endroits différents d’un aéroport et d’avoir constamment dans sa poche une pièce en or ». « On ne sait pas trop s’il était sérieux ou si c’était juste pour le délire mystique… Mais bon, il est superfort ! »

La preuve, la salle laisse échapper un murmure de déception lorsque la barmaid annonce l’absence de Moreno ce soir-là. C’est donc Josette qui prend le relais. Ne comptez pas moins d’une demi-heure avec chaque « client »… Il faut choisir un domaine dans lequel on aimerait poser une question, et puis on tire les ­cartes une fois, deux fois, trois fois… En réponse, toujours les mêmes phrases « magiques » : « Je vois un homme, quelqu’un de nouveau dans votre vie, mais que vous ne connaissez pas encore… Il y en aura même deux, et vous n’aurez d’ailleurs pas envie de choisir… ­Finalement, vous commencerez une relation avec l’un pour ensuite le quitter pour un autre, et celui-là, ce sera le bon ! »

En guise de salaire pour la soirée, Josette tient à son « merci » , que le « client » doit écrire virtuellement en faisant glisser son doigt sur le tapis. « C’est pour l’énergie… J’y tiens ! » On voit.

Société
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