« Cette école ne ressemble en rien à celle que je défends »
Selon Philippe Meirieu*, le film de Laurent Cantet
montre des comportements relevant
d’une gauche compassionnelle, qui mise
sur l’affectif
et le subjectif
au détriment
de la véritable pédagogie.
dans l’hebdo N° 1018 Acheter ce numéro
Quel est votre sentiment général à propos du film Entre les murs ?
Philippe Meirieu : Je respecte le film en tant qu’œuvre cinématographique, mais je m’en inquiète en tant qu’objet de débat social… On dit que Sean Penn, président du jury à Cannes, a voulu donner la Palme d’or au film pour attirer l’attention des États-Unis sur l’état désastreux de l’école publique américaine. C’est une intention louable, mais, en France, le film est idéologiquement dangereux. Nous y voyons un professeur, François Marin, qui, avec les meilleurs sentiments du monde, met en œuvre une pédagogie calamiteuse. Ce personnage donne à penser que tous ceux qui refusent l’autoritarisme vivent dans la séduction-captation et l’amour-haine avec leurs élèves. Ils seraient englués dans l’affectif et incapables de tirer les jeunes vers le haut… Or, il faut, bien sûr, tirer les élèves vers le haut et croire toujours à leur éducabilité : tout le contraire de ce qu’on voit dans le film quand le professeur dit de Souleymane qu’il est « limité » . Il y a, à ce moment-là, un plan très fort sur le gamin : il entretenait
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