« Sale arab » : dans les casernes de pompiers, des syndicats face à un racisme « décomplexé »

Des inscriptions islamophobes découvertes dans des casiers de pompiers du Val-d’Oise déclenchent des réactions fortes, inédites chez les sapeurs-pompiers. L’omerta sur ce sujet tabou dans cette corporation s’effrite.

Elina Barbereau  • 3 février 2026 abonné·es
« Sale arab » : dans les casernes de pompiers, des syndicats face à un racisme « décomplexé »
© Ludovic MARIN / AFP

L’affaire éclate en quelques jours. Le 20 janvier, puis le 22 janvier, deux sapeurs-pompiers (1) ouvrent leurs placards personnels et font cette découverte : du jambon recouvert de messages racistes et islamophobes : « #2027 », « sale arab », « allah ». La direction du Sdis (service départemental d’incendie et de secours) du Val-d'Oise et les syndicats sont informés rapidement. Les agents portent plainte. Contrairement aux habitudes d’un milieu souvent replié sur lui-même, la réaction est très rapide.

« C’est la première fois qu’un agissement raciste aussi grave est porté à notre connaissance », relate Peter Gurruchaga, responsable de la CGT du Sdis 95. « C’était important de se positionner. Il est hors de question de laisser de tels agissements se développer. On voulait mettre les agents et l’administration face à cette réalité. » Dès le lundi 23 janvier, un tract interne est rédigé. « Avec le syndicat, on a remarqué que dans les établissements où ni les syndicats ni la direction n’agissent, c’est là que ça continue. »

Il serait dommage qu'à cause d'une minorité raciste des interventions puissent mal se passer.

P. Gurruchaga

Pour la CGT, l’enjeu dépasse le simple cas disciplinaire. « Comment agiraient ces personnes quand elles sont en binôme avec un collègue issu de la diversité, ou quand ils sont amenés à sauver des gens de différentes couleurs de peau ? », interroge Peter Gurruchaga. « Le racisme est l'antithèse de notre mission. Nous portons secours à tous, sans distinction », martèle le syndicat, qui craint les répercussions : « Il serait dommage qu'à cause d'une minorité raciste des interventions puissent mal se passer. »

DR

La CGT du Sdis 95 tient néanmoins à rappeler que « l’immense majorité des agents du Sdis fait honneur à l’uniforme » et affirme que « nous ne laisserons pas une minorité haineuse et raciste salir l’image de notre service public et briser la cohésion de nos centres ».

L’administration assume

Le

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre
La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés
Histoire 5 février 2026

La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés

Marquées par les traumatismes de guerre, de racisme ou de pudeur, les histoires familiales des enfants issus des générations postcoloniales peinent à être partagées. Face à ces silences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, et peinent à retrouver leur récit.
Par Kamélia Ouaïssa
Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression
Analyse 5 février 2026 abonné·es

Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression

Les médias dominants, ou mainstream, semblent aborder encore l’histoire coloniale et l’immigration à travers un regard dominant. Podcasts, médias indépendants et plateformes numériques deviennent alors des lieux de contre-récit, de mémoire et de réappropriation.
Par Kamélia Ouaïssa