Courrier des lecteurs Politis 1023

Politis  • 23 octobre 2008 abonné·es

Surprise, surprise…

Maître Fenech, président dans notre société
De la Miviludes avec notoriété,
En maître d’armes par l’odeur alléché
Aujourd’hui jugé sur le banc des accusés.
Morale de cette histoire :
Rien ne sert d’accuser son prochain
De ses propres délits malsains.

Jean-Claude Matthey

Une stratégie prématurée

Voici un message à l’attention des animateurs de la Coordination nationale des Collectifs unitaires et de ses adhérents.
Le 11 octobre 2008, j’ai assisté à Gennevilliers à la réunion nationale de l’appel « l’Alternative à gauche, organisons-la » préparée par Politis. Un nombre important de personnes issues des Collectifs unitaires (CU) étaient présentes et se sont largement exprimé. Il m’a semblé qu’une majorité des intervenants, et en particulier beaucoup d’animateurs nationaux des CU, souhaitaient la création très rapide d’une force politique dans le cadre du processus de l’Appel dit de Politis.
Si je me retrouve dans cet objectif, je désapprouve totalement toute précipitation dans sa réalisation et réprouve catégoriquement tout alignement sur un agenda électoral présentant des échéances rapprochées, nommément les élections européennes, voire peut-être l’élection d’après. J’ai suivi avec intérêt, au moins au début, le développement du projet de candidature unitaire à l’élection présidentielle de 2007. J’ai été déçu et affligé par son naufrage, et je considère que les animateurs principaux des CU qui pilotaient cette initiative à l’époque en sont tous, à des degrés divers, solidairement responsables. Aussi, les leçons de leur échec doivent être tirées, y compris celles sur la méthode utilisée et sur le tempo choisi, afin de ne pas renouveler ce triste résultat.
Je conçois que la déception, consécutive à ce revers, alimente l’impatience des membres des CU et incite à presser le pas sur les questions de la construction d’une force politique et de la compétition électorale. Je juge cependant cet empressement dangereux et potentiellement nuisible au processus de rassemblement que l’Appel de Politis essaye de favoriser et dont nous avons mesuré l’extrême fragilité à Gennevilliers.
Les CU l’ont déjà durement expérimenté : une nouvelle force politique à gauche ne se décrète pas, encore moins du jour au lendemain, surtout si elle veut transcender les clivages entre les structures et les individus qui veulent en être, surtout si elle veut devenir une alternative crédible qui rassemble au-delà des groupuscules actuels, surtout si elle a pour ambition de représenter un jour prochain l’unité réelle d’une gauche de transformation économique, sociale et politique lors d’élections locales et nationales.
Si l’Appel de Politis a besoin de la force, du poids et de l’expérience des CU, les CU ont besoin d’une initiative comme l’Appel pour contribuer à mettre en place ce qui devient un impératif : une force politique large, solide et permanente, capable d’aboutir à des résultats électoraux suffisants pour permettre une action publique significative. En ignorant cette donnée, et en tentant d’imposer leur choix de la création immédiate de cette force politique, un choix peut-être majoritaire en leur sein, les CU prennent le risque d’agir comme un repoussoir pour des structures et des personnes signataires de l’Appel qui jugent leur stratégie suicidaire parce que prématurée. Ils se rendraient ainsi responsables de l’échec de la tentative de processus d’union initié par l’Appel de Politis, ce qui, malgré un contexte favorable, pourrait être durablement fatal à l’émergence de la vraie force politique alternative à gauche, dont beaucoup d’entre nous sont convaincus de l’indispensable nécessité et se désespèrent de ne rien voir venir.

Christophe Morvan, Paris XIVe
(signataire de l’Appel)*

Libertaire Rutigliano

Comme tous les habitants de la région nantaise, c’est toujours avec plaisir que j’en entends dire du bien. Dans l’article « Des auteurs face au public », paru dans le n° 1020 de Politis , vous évoquez des élèves du collège Rutigliano qui vont monter sur la scène de la (très sympathique) salle Vasse, à Nantes. Je profite de cet article pour vous glisser un mot à propos de Rutigliano, résistant mort en déportation. Fils de Nicolas Rutigliano (un Italien antifasciste qui avait participé à la création du syndicalisme en Égypte), le jeune Libertaire Rutigliano a accompagné ses parents, chassés de l’Italie fasciste à la fin des années 1920, dans leur exil en France. C’est à Nantes que la famille s’installera le plus longtemps. Libertaire (un symbole plus qu’un prénom !) fait alors montre de grandes capacités intellectuelles : après avoir fréquenté le lycée Clemenceau de Nantes, en 1942, il est reçu au concours de l’École centrale des arts et manufactures de Paris. Le jeune homme, engagé dans la Résistance (le Front national de l’époque !), prend des responsabilités et des risques. Arrêté, martyrisé dans les caves de la Gestapo, il est déporté à Dachau, et il meurt au kommando de travail d’Allach. Pour honorer sa mémoire, son ancien professeur au lycée, Jean Philippot (maire communiste de Nantes à la Libération) a rédigé la préface de la brochure Sacrifice, éditée à sa mémoire, et un collège nantais, donc, porte son nom.

Étienne Gasche, Joué-sur-Erdre,
Loire-Atlantique

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