« Une bombe contre l’inaction »
Lors d’une rencontre à la rédaction de « Politis », Augustin et Jean-Baptiste Legrand* ont tenté avec Serge Paugam, sociologue, de mettre en perspective l’action des Enfants de Don Quichotte depuis le campement du canal Saint-Martin en décembre 2006.
dans l’hebdo N° 1023 Acheter ce numéro
Les Enfants de Don Quichotte revendiquent une action « citoyenne ». Pourquoi ce terme ?
Augustin Legrand : Il renvoie au respect des droits fondamentaux et signale qu’on est à la place où l’on doit être : les partis politiques négligent les questions de logement et d’exclusion. Face à ce manque de citoyenneté, on revendique une prise de parole publique. Entrer en résistance est un acte citoyen, c’est aussi une nécessité. Serge Paugam : La citoyenneté, c’est participer à l’élaboration et à l’application des lois. En ce sens, l’action des Enfants de Don Quichotte est éminemment citoyenne : elle n’est pas l’expression d’une rupture de citoyenneté. Ils interpellent la communauté politique et leurs concitoyens. Jean-Baptiste Legrand : Notre démarche est non partisane, pour rappeler que tout le monde est concerné par le respect des lois, les problèmes de logement et le risque de tomber à la rue. C’est pourquoi on refuse drapeau, bannière ou banderole : cette résistance appartient à tous. S. P. : Cette démarche procède de la volonté de créer un choc dans l’opinion. Pas de banderole, mais le déclenchement d’un mouvement de solidarité populaire. Et l’expression d’une volonté d’interdépendance avec les défavorisés : on fait partie de la même société, on est tous dépendants les uns des autres. La présence de sans-abri dans les rues est une injure à la notion de solidarité. Les Don Quichotte ont lancé un appel large, et cela a fonctionné. Un peu comme celui de l’abbé Pierre autour de l’insurrection de la bonté. L’appel à dormir dehors avec les sans-abri a transformé les modes d’action. Les Don Quichotte sont partis de la possibilité de faire émerger les revendications de personnes à la rue, et de la volonté de celles-ci de créer un mouvement.
Les Enfants de Don Quichotte s’inscrivent-ils dans ce que vous appelez, Serge Paugam, les « nouvelles formes de solidarité » ?
S. P. : Les raisons de l’engagement sont aujourd’hui moins motivées par des positions politiques que par une volonté de partager quelque chose avec la personne elle-même : une ou plusieurs nuits dehors, en l’occurrence. A. L. : Pourtant, la volonté de partager
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