La saga du mensonge vert

Comment le gouvernement bafoue allégrement les conclusions du Grenelle de l’environnement, au bénéfice de son plan de « relance ».

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« L’horizon de nos sociétés et celui de ­l’écologie sont longs. Or, la crise qui nous dévore risque de nous rendre aveugles si nous ne parvenons pas à sortir des enchaînements à court terme dans lesquels les financiers nous ont égarés. Les urgences ne doivent rien effacer. » Cette belle phrase prononcée le 24 octobre est signée Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à ­l’Écologie. Elle ne savait pas encore que son président allait rapidement ­montrer qu’il est sourd et aveugle en jetant à bas le fragile édifice, péniblement repeint en vert, de la loi Grenelle 1 avec son plan de « relance ». Au moment où le chœur des économistes entonne le refrain du « développement vert », qui succède au couplet dévalué du développement durable. La croissance verte a perdu sa couleur dans un plan relançant la seule croissance de quelques entreprises.
La saga du mensonge vert commence avec les voitures. Promis, pour toute voiture de plus de dix ans envoyée à la casse, les Français recevront 1 000 euros, à condition qu’ils achètent une voiture « propre ». Deux problèmes : d’abord, il n’existe pas de voiture à moteur thermique non polluante ; ensuite, l’heureux bénéficiaire de la prime pourra acheter un véhicule relâchant jusqu’à 160 grammes de CO2 ! Niveau auquel il n’existe aucun bonus.
L’essentiel est ailleurs : cet aspect de la relance vise à sauver l’industrie automobile et ses bénéfices. Alors qu’il faudrait aider l’emploi dans les usines travaillant sur le montage des véhicules de transport en commun. Et, comme ­disent ceux qui enterrent les projets, la taxe climat-énergie chère à Nicolas Hulot et au Grenelle de l’environnement « reste à l’étude ». Et les camions peuvent compter sur l’oubli de la taxe qui les menaçait.

Dans sa mouture de première lecture, la loi Grenelle 1, qui ne reviendra pas devant les parlementaires avant deux ou trois mois, privilégie les « transports doux ». Tous les acteurs du Grenelle étaient tombés d’accord, avec bénédiction présidentielle, pour arrêter la construction des autoroutes. En guise de relance, le Premier ministre a annoncé le 5 décembre, pour 800 millions d’euros, la mise en chantier (il a dit déblocage… ) de trois autoroutes : la A63, la A150 et la A355. En marge de cette annonce, François Fillon a signalé qu’il y aurait d’autres décisions allant dans le même sens, afin de soutenir le secteur du BTP. Cela fait sans doute partie de ce que Jean-Louis Borloo, a récemment célébré comme un « miracle » en expliquant que les 280 mesures du Grenelle sont financées par la loi de finances à hauteur de 19 milliards d’euros. En oubliant les mésaventures de son programme de bonus-malus (même si celui-ci était discutable), abattu en plein vol avec d’autres projets par la ministre des ­Finances et le ministre du Budget.

Grenelle 1 prévoit que le consommateur devra pouvoir « choisir en toute connaissance de cause » . Problème : l’étiquetage environnemental destiné à indiquer le bilan carbone des produits aux acheteurs sera remis à une date ultérieure car il aurait risqué d’entraîner des difficultés pour les producteurs et les distributeurs « dans une période délicate » . Il faut y ajouter le projet d’ouverture des grandes surfaces le dimanche, qui aura comme premier effet d’augmenter la circulation des voitures hors de la ville une journée de plus. Pour les clients comme pour les salariés.
La loi en devenir prévoit une proportion d’énergies renouvelables de 20 % d’ici à 2020, tout en rendant plus contraignant le développement des éoliennes. Le chiffre n’est rien d’autre que celui adopté par l’Union européenne dans son « paquet climat-énergie ». La loi stipule pour l’instant que les cultures destinées aux agrocarburants seront privées de leurs subventions. Les publicités pour la « betterave-carburant » parues la semaine dernière annoncent tout simplement un prochain recul sur ce point car « il faut soutenir un secteur important et générant de nombreux emplois ».
Mais, dans le fond, le rapporteur de la loi, Christian Jacob, avait fixé les limites de l’exercice à la tribune de l’Assemblée nationale en expliquant que « la croissance verte ne peut se faire qu’avec le monde économique, pas contre lui, et que l’environnement est le nouveau prétexte pour lever de nouveaux impôts » . La messe était dite.


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