Lilian Thuram, citoyen footballeur
Dans un milieu qui paraît surprotégé et comme étranger
au monde qui l’entoure, Lilian Thuram fait figure d’exception. Le footballeur le plus titré
de l’histoire du football français est aussi un homme engagé dans la société.
dans l’hebdo N° 1036 Acheter ce numéro

En presque deux heures d’entretien, avec simplicité et franchise, Lilian Thuram nous a raconté son parcours de gosse venu de Guadeloupe happé par le milieu du football professionnel. L’histoire d’un jeune homme qui ne s’abandonne jamais à l’ivresse de la réussite et a su puiser dans son expérience quelques leçons qui nourriront son engagement citoyen.
Quel souvenir gardez-vous de votre enfance, des Antilles à la banlieue parisienne, avant de connaître le football de haut niveau ?
Lilian Thuram I Je suis arrivé des Antilles en région parisienne, à l’âge de 9 ans, en 1981 exactement, à Bois-Colombes. J’y suis resté le temps d’une année scolaire. Je jouais au foot comme tous les garçons, sur la place du marché, près de la gare, en contrebas du terrain de jeu. Ma mère a recherché alors un appartement un peu plus grand pour ses cinq enfants, et nous nous sommes retrouvés à Avon, tout près de Fontainebleau, dans le quartier des Fougères. La cité comptait un grand nombre de Portugais. J’ai continué à jouer avec les copains du quartier. Tout naturellement, j’ai été inscrit au Club des Portugais de Fontainebleau. J’y ai découvert une multiplicité de cultures. Contrairement à ce que pouvait indiquer son nom, le club n’était pas réservé uniquement aux Portugais.
Étiez-vous d’une classe sociale modeste ?
Ma mère était femme de ménage. Il nous arrivait d’aller chercher de la nourriture ou des vêtements en échange de bons. La maison connaissait quelques difficultés, mais ce n’était pas la misère. J’ai eu la chance de vivre une enfance heureuse. Pour nous autres, nous n’étions pas pauvres. Au reste, tout est relatif. Nous étions pauvres peut-être dans le regard des autres.
Comment est-on détecté par le milieu du foot ?
Personnellement, cela a été à l’âge de 17 ans, soit beaucoup plus tard que les autres joueurs. Aux Antilles, à la maison, nous n’avions pas la télévision. De fait, je percevais le football comme un jeu. Loin de penser que cela pouvait être un métier.
À quel moment intervient le foot dans votre vie professionnelle ?
On ne m’a jamais regardé comme étant beau et fort. Les choses sont arrivées peu à peu. Après le Club des Portugais, j’ai intégré un autre club, à Melun, au niveau des cadets nationaux, l’équivalent de la première division de jeunes d’une quinzaine d’années. À ce moment, j’entre en sport études. Il n’était pas question exclusivement de football, comme c’est le cas pour un centre de formation, parce que le critère scolaire comptait aussi beaucoup. Puis de retour au club de Fontainebleau, à 16 ans, j’ai participé à un tournoi international. J’ai d’abord suivi un stage à Nice puis j’ai été repéré par les dirigeants de Monaco. J’ai signé avec eux un contrat d’aspirant.
Les jeunes sont-ils trop tôt investis
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