Les Vingt-Sept s’entêtent

Face à la crise, aucune relance d’envergure ni changement de politique économique et sociale n’est envisagé au sommet européen des 19 et 20 mars à Bruxelles.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Comme si de rien n’était… ou presque. Le Conseil européen, qui se tient ce jeudi et jusqu’à vendredi à Bruxelles, « sera l’occasion, pour l’Europe, de définir une position commune face à la crise » , explique José Manuel Barroso. Mais parvenir à une analyse partagée de la crise n’implique pas nécessairement d’arrêter des mesures communes susceptibles de l’enrayer.
Plus tortue que lièvre, l’Europe s’est contentée jusqu’ici d’éviter l’écroulement du système financier européen. C’était l’objet du Sommet européen de décembre, qui, on s’en souvient, avait présenté l’addition de plans nationaux pour un plan européen. Trois mois plus tard, le président de la Commission européenne convient que « la crise n’a pas seulement une dimension financière » et que « la relance doit être aussi économique et sociale » . Les éléments de cette relance seront toutefois très limités.

Illustration - Les Vingt-Sept s’entêtent
Vladimir Spidla, commissaire à l’Emploi et aux Affaires sociales, et José Manuel Barroso, le 12 mars, à Bruxelles. FAGET/AFP

En février, les États-Unis ont lancé un plan doté de 787 milliards de dollars, représentant un effort de quelque 5,5 % de leur PIB. Les mesures engagées par les pays de l’UE sont d’un montant total moins important, évalué à 500 milliards de dollars par la Commission européenne pour 2009 et 2010, soit 3,3 % de leur PIB. À l’exception de la Grande-­Bretagne, les Vingt-Sept sont très ­réservés sur les appels des États-Unis à dépenser davantage pour aider l’économie mondiale à repartir. Ils soulignent la nécessité pour l’Europe de contrôler les déficits publics. Surtout au moment où plusieurs États de l’UE (Hongrie, Lettonie, Roumanie) sont contraints de demander des prêts au FMI et aux autorités européennes pour faire face à leurs difficultés financières.
À Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement pourraient donc augmenter encore l’enveloppe de prêts d’urgence pour les pays d’Europe de l’Est. En décembre, ils avaient déjà décidé de la doubler, de 12 à 25 milliards d’euros.
Ils devraient aussi arrêter l’affectation d’un plan de… 5 (petits) milliards d’euros. La Commission a proposé en janvier de prélever cette part non affectée des dépenses du budget pour financer des grands travaux dans les énergies « propres » et les réseaux de communication à large bande. Incapables de s’entendre depuis sur la distribution de cette enveloppe lors des réunions ministérielles, les Vingt-Sept doivent trancher cette question au plus haut niveau à Bruxelles.

En guise de relance, ce sommet européen de printemps, traditionnellement consacré à l’examen de l’avancée de « la stratégie de Lisbonne », devrait « insister sur la nécessité accrue de progresser davantage dans [sa] mise en œuvre ». D’inspiration néolibérale, cette stratégie, adoptée en mars 2000, a essentiellement favorisé le développement des emplois précaires et mal rémunérés, et aggravé les inégalités de revenu et de patrimoine.

Les recommandations de la Commission pour ce sommet ne diffèrent guère des recommandations libérales habituelles. La flexicurité reste plus que jamais la politique sociale de l’Union. Et « l’approfondissement du marché intérieur », la seule voie d’un retour à la croissance. L’UE va dans le mur, mais ses dirigeants accélèrent.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents