Navigo, ça coince !

Christine Tréguier  • 13 mars 2009
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Décidément, la RATP respecte bien peu la vie privée de ses clients. Dès 2001, les Big Brother Awards avaient épinglé son passe Navigo, celui qu’à partir de février vous êtes obligés d’avoir en poche sauf à user de bons vieux tickets. Grâce à une puce RFID moucharde délivrant l’identifiant chiffré du voyageur, la RATP allait mémoriser tous ses trajets quotidiens (bus et métro). Mis en demeure par la Cnil, la RATP et le Stif (Syndicat des transports d’Île-de-France) avaient, en 2004, accepté de réduire la durée de conservation de ces « données de validation » à 48 heures, et leur utilisation à la seule prévention des fraudes. Ils s’étaient également engagés à proposer un passe « Navigo découverte » non-nominatif, respectant le droit fondamental d’aller et venir anonymement. Et à réaliser une campagne informant de son existence dès la rentrée 2007.

La Cnil s’était alors satisfaite de sa mise en service, bien que «  tardive et payante  » (5 euros et abonnements non-remboursables en cas de perte). Fin 2008, elle a fait procéder à des contrôles et à une opération de testing dans 20 stations de métro. Si le délai de 48 heures de conservation des données est respecté – sauf fraude détectée ou réquisition policière spécifique –, il n’en va pas de même pour la délivrance du passe anonyme : conditions d’obtention «  médiocres, voire dissuasives  », refus de délivrance et absence d’information au guichet et sur le site navigo.fr. Fâchée, la Cnil a balancé le morceau. Depuis, constate Sophie Narbonne, une des responsables du dossier, la RATP a fait quelques efforts d’information, mais «  nous ne lâchons pas ce dossier  ».

Fait du hasard, un article devant être publié dans Direct Matin (gratuit bénéficiant d’une diffusion préférentielle dans le métro) a été censuré car jugé trop « à charge » (1). Il évoquait la vocation lucrative de la récolte de données personnelles par la RATP. Le problème, précise la Cnil, serait une utilisation non autorisée de celles-ci, qui devrait faire l’objet d’une nouvelle déclaration. L’article parlait également des nouveaux dispositifs d’affichages publicitaires interactifs qui débarquent dans le métro. Ceux qui détectent la présence et les mouvements des chalands et pourraient, à terme, tenter de les solliciter commercialement par SMS interposés. Projetons-nous un peu et imaginons que lesdits panneaux se mettent à vous voir et surtout, grâce à la photo numérisée fournie pour établir votre passe Navigo, à vous reconnaître. Et qu’ils vous interpellent pour vous vendre leur camelote : «  Hé Richard, une Kro pour la route !  » Un vrai cauchemar dénoncé par le RAP (Résistons à l’agression publicitaire), qui a déposé un recours (2). Heureusement, la RATP est obligée de vous laisser le droit de refuser qu’elle communique vos données à d’autres sociétés, et inclut votre portrait numérique dans sa vaste base. Le plus sûr, néanmoins, est d’opter pour un passe Navigo anonyme avec photo analogique, qui n’informe la Régie que sur ce qu’elle doit connaître : la validité de votre titre de transport.

(1) L’article a été revu et publié dans le Monde.fr sous le titre « L’utilisation commerciale de données sur les clients de la RATP est contestée. »
(2) Voir www.politis.fr, rubrique Exclu web

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