Contacts tous azimuts

En prévision des élections régionales, les formations à la gauche du PS multiplient les rencontres en vue de présenter des listes unitaires à ce scrutin. Avec plus ou moins de bonheur.

Michel Soudais  • 9 juillet 2009 abonné·es
Contacts tous azimuts

En ce début d’été, les rencontres se multiplient entre les formations à la gauche du PS. Avec en toile de fond une question récurrente : comment réussir l’unité de la gauche de transformation sociale et écologiste manquée aux européennes ? Car les questions d’ordre stratégique qui se posaient à toute la gauche antilibérale avant le scrutin du 7 juin n’ont pas disparu. Au contraire. Leur résolution apparaît d’autant plus urgente et nécessaire que la crise s’aggrave et que le gouvernement entend profiter de l’apathie sociale qui en résulte, de la faiblesse et des divisions de la gauche pour imposer toutes les réformes libérales restées dans ses cartons. En outre, les enquêtes d’opinion confirment unanimement une profonde aspiration du peuple de gauche à l’unité. Toutes les analyses du résultat des européennes confirment ce souhait, notamment par l’avantage que les électeurs ont donné au Front de gauche (6,5 %, 5 élus) sur le NPA (4,9 %, aucun élu).

C’est dans ce contexte qu’une dizaine de rencontres bilatérales ont été organisées pour reprendre le fil des discussions interrompues par la campagne européenne (voir encadré). Ces réunions au sommet, pas toujours médiatisées, ont déjà permis de dégager quelques points de convergences stratégiques pour les régionales. D’où un certain optimisme qui fait dire à Éric Coquerel, secrétaire national aux relations extérieures du Parti de gauche (PG), que « le processus unitaire est relancé ».

Quelques heures plus tôt, une délégation du NPA avait rencontré une délégation du PG au siège de ce parti. Après l’union manquée aux ­européennes et les échanges aigres-doux entre ces deux formations lors de la campagne européenne, la conférence de presse commune donnée par Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon à l’issue de cette réunion a tourné symboliquement la page des désaccords. Dans une longue déclaration commune, le NPA et le PG « estiment indispensable d’unir les forces de gauche et des écologistes qui rejettent la logique du système capitaliste aux élections régionales » . « Il est urgent de rendre plus crédible une véritable alternative au système » , déclarent-ils.

S’appuyant sur les propositions issues de leurs instances nationales respectives, qu’ils jugent « suffisamment proches pour leur permettre d’avancer dans cette voie unitaire » aux régionales, les deux partis « se prononcent au premier tour des régionales pour un accord national pour les 21 régions hexagonales sur des listes associant les forces qui composent aujourd’hui le Front de gauche, comme le PCF et le Parti de gauche, et le NPA, LO, Alternatifs, AlterEkolo et les autres courants qui sont dans la Fédération, militant-e-s de quartiers ou du mouvement social ». Et précisent que ces listes « seront autonomes et indépendantes du PS et des listes de type Europe Écologie ». Au second tour, elles « se battront pour faire gagner la gauche » , annonce la déclaration commune, qui se prononce « pour des fusions “techniques” ou “démocratiques” des listes de gauche à l’exception de tout accord incluant le MoDem ».

Parmi les divergences qui demeurent, le NPA refuse catégoriquement tout « accord de gestion avec les dirigeants du PS et d’Europe Écologie » et souhaite que ces élus conservent leur « liberté totale de vote » , notamment sur les budgets, quand le PG veut pouvoir se déterminer en fonction de la capacité à appliquer le programme que se seront données ces listes.
Ces différences n’étant pas considérées comme un obstacle, les deux organisations ont décidé de proposer « à tous les partenaires pressentis un groupe de travail commun pour commencer à avancer sur le contenu de ce que pourrait être le programme d’un tel rassemblement ». Une proposition saluée comme une avancée importante par les Alternatifs ou la Fédération. Moins par le PCF. Le lendemain, celui-ci proposait, dans un communiqué, « aux partenaires actuels du Front de gauche de se réunir au plus vite, afin de faire le point de leurs rencontres bilatérales et des possibilités ouvertes à l’amplification de leur démarche commune ».
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Attaché à « poursuivre et élargir la démarche du Front de gauche », le PCF ne fait pas mystère de ­privilégier *« des objectifs de contenu »
. Il organisait à cette fin, vendredi dernier, à la Mutualité, un forum débat au cours duquel des syndicalistes, des personnalités connues pour leur engagement écologiste de gauche, des intellectuels et des magistrats engagés sur la question des droits et des libertés ont fait part de leur réflexion aux organisations politiques composant le Front de gauche. Une démarche qu’il entend poursuivre en suscitant, dans toute la France, un grand débat public, notamment dans les espaces de rencontre ouverts dans les fêtes locales que les militants communistes organisent cet été. Mais si ce « travail sur le projet » est plus susceptible de mobiliser les électeurs que des considérations stratégiques, il a aussi le mérite, pour les dirigeants communistes, de faire passer au second plan la discussion stratégique sur les régionales, qui les embarrasse, en la repoussant à l’automne.

Car, contrairement à toutes les autres formations à gauche du PS, le PCF n’a pas encore tranché quelle sera son attitude au premier tour des régionales. « Le débat n’a été qu’esquissé » lors du conseil national des 19 et 20 juin, consacré essentiellement au bilan des élections européennes, constate Gilles Alfonsi, des Communistes unitaires. L’objectif du PCF, qui compte 185 conseillers régionaux, est de « constituer des majorités de gauche, de ne pas renoncer à l’objectif de gestion » pour que les régions « ne retombent pas dans l’escarcelle de la droite » , déclare Pierre Laurent, le numéro deux communiste.

Le flou que cultive le PCF trahit son dilemme. Choisira-t-il de préserver ses élus en se rapprochant du PS ? Ou la possibilité d’une percée dans un Front de gauche élargi ? Marie-George Buffet, qui, en 2004, avait dû laisser la décision à ses élus locaux, veut que son parti arrête une décision nationale. Mais, pour l’heure, c’est tout ce qu’elle a laissé paraître de ses intentions, estimant toutefois que « travailler à une majorité à gauche », cela « demande de rencontrer le PS, parmi d’autres formations » . La question sera donc débattue deux fois en conseil national avant une décision fin octobre, après la tenue de conférences régionales.

D’ici là, n’est rien joué. Le Communiste unitaire Bernard Calabuig rappelle que « le Front de gauche n’est pas “la” stratégie du Parti » puisque, l’an dernier, le congrès du PCF « s’est prononcé pour une tactique électorale de “Fronts”, au pluriel, à savoir des alliances à géométrie variable en fonction des échéances électorales » . Un choix sur lequel pourraient s’appuyer les fédérations récalcitrantes à l’orientation nationale qui sera choisie, quelle qu’elle soit.
Il faudra encore bien des rencontres et des manœuvres pour parvenir à des listes complètement unitaires.

Politique
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