Courageux Cégétistes!

Sébastien Fontenelle  • 10 juillet 2009
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À mon humble avis: le formidable courage de ces mecs-là sera encore chanté dans un million d’années.

Je veux parler, bien sûr, des intrépides héros «du service de sécurité de la CGT, portant des cagoules, armés de barres de fer, de bâtons, de gaz lacrymogènes» , qui ont, hier, investi, appuyés par les fonctionnaires de police de Brice Hortefeux (qui décidément porte haut les valeurs de la dignité humaine), la Bourse du travail de Paris, afin que d’en expulser, non de quelconques patrons (fussent-ils de gauche), mais quelques dizaines de ces mêmes sans-papiers que la (même) CGT a prétendu, naguère, assister – dont beaucoup de femmes et d’enfants, car il fallait, pour une victoire authentiquement exemplaire du service de sécurité de la CGT, que l’ennemi soit véritablement inquiétant.

Il est vrai que, dans la vraie vie, et puisqu’on en parle, et à bien y regarder: cela fait maintenant moulte saison que la CGT, qui fut naguère une estimable centrale, mais qui a commis l’erreur, tragique, de ne pas renouveler à temps ses vaccins anti-jaunisse, a renoncé à faire trop de niches à Laurence Parisot, du MEDEF, qui est l’amie (et la fervente fan) de Sarkozy – et plus généralement à l’obscène entité connue sous le nom de patronat.

De fait: alors que nous subissons depuis deux interminables années l’assaut d’une droite régimaire hyper-brutale et de ses rebondi(e)s commanditaires; et alors que même les enfants de trois ans les plus rétifs à l’observation de la réalité politico-économique du sarkozysme ont de longue date compris que son α et son ϖ étaient de prendre aux pauvres pour donner aux riches, la seule réaction de la CGT, par la voix d’un homme dont le nom est Thibault et dont Sarkozy et sa clique aiment flatter l’encolure en chuintant qu’il a un joli «sens des responsabilités» – la seule réaction, disais-je, de la CGT, accablante, est de fomenter avec François Chérèque de burlesques journées de mobilisation, appelées aussi JDM (par analogie avec les JMJ de la chrétienté, qui sont, disons-le, autrement plus subversives), dont la double caractéristique est, un, qu’elles font hurler de rire le gouvernement qu’elles prétendent impressionner, et, deux, ceci expliquant cela, qu’elles attirent de moins en moins de manifestants, pour la simple et bonne raison que même les cédétistes les plus obtu(se)s ont fini par comprendre que tant de ridicule allait bien finir par les tuer[^2].

Pour le dire autrement: confrontée aux sbires kozyques dont le projet, connu, est de faire mille (et mille) petits morceaux de tout ce qui pourrait, de près ou de loin, ressembler à des solidarités, la CGT de Bernard Thibault se fait aux braies, pioupioutant que si-que-ça-continue-ça-va-pas-pouvoir-continuer, prends garde à toi, François Fillon, si tu n’es pas gentil on te balance une méga-JDM en avril 2015[^3].

Mais lorsqu’il s’agit de bouter, avec le bienveillant concours d’unités hortefistes, du négrillon (et sa maman) hors d’une Bourse de travail qui n’a plus guère de valeur que symbolique, pardon: la CGT roule sous son maillot rouge et moulant ses muscles avantageux – merde alors, n’est pas des gonzesses, va pas se laisser emmerder par des gueux apatrides, sauf vot’respect, m’sieur Fillon.

La prochaine que tu pars en manif, le mieux est que tu restes à distance de la CGT, période bleue, et de ses nouveaux potes.

[^2]: Foutre: voilà une bien longue phrase.

[^3]: Oooooh, mon Dieu, non, par pitié! Pouffe François Fillon.

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Temps de lecture : 3 minutes
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