« Floués jusqu’au désespoir »
Après le 23e cas de suicide d’un salarié de France Télécom, le sociologue Vincent de Gaulejac* analyse cet aveuglement forcené des élites dirigeantes face à la souffrance au travail.
dans l’hebdo N° 1068 Acheter ce numéro

Politis : Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée, comme le directeur des ressources humaines de France Télécom, a estimé récemment qu’on ne peut réduire les 23 suicides de salariés « à un problème d’organisation » du travail. Quelle est votre réaction ?
Vincent de Gaulejac | C’est typique de la réaction des DRH, mais aussi, au-delà, des directions d’entreprises confrontées à ce type de problème, et de la classe dirigeante. Même dans les partis politiques on retrouve cette occultation des liens qui peuvent exister entre la montée de la souffrance et de la violence au travail et ce que les élites appellent la modernisation, la réforme, les nécessités de s’adapter à la globalisation. Le discours de la direction de France Télécom est le même chez les dirigeants de Renault, après ce qui s’est passé à Guyancourt,