« Je commençais une longue apnée »
La première nuit en détention, puis la dernière. Joseph Beauregard a recueilli une poignée de témoignages qui racontent ce moment bref et long à la fois. Des nuits initiatiques qui soulignent la violence de toute incarcération.
dans l’hebdo N° 1068 Acheter ce numéro

Fouillant dans les mémoires, Joseph Beauregard signe une série documentaire radiophonique sur ces heures précises de la première nuit en prison, et de la dernière. Ces heures qui marquent un avant et un après. Entre deux mondes. Un temps suspendu. Une première nuit initiatique, tétanisée ; une dernière, suée d’espoirs et d’angoisses. Beauregard avait déjà réalisé des documentaires radio sur l’univers carcéral ( Bracelet électronique ; Jour de parloir ), un autre, filmé, Des hommes en cavale (Arte). C’est là une suite de paroles recueillies, un reportage sonore exacerbé, avec ses voix étranglées, cognées au caveau, semblant sorties d’outre-tombe. Ici, l’outre-tombe se nomme Fleury-Mérogis, Melun, Bois-d’Arcy ou Fresnes. Ce sont des témoignages brefs, incisifs. Qui disent l’arrachement ou la déchirure, la dépression entre les murs, le dépouillement physique et affectif des détenus, des mots qui rendent compte d’incarcérations sans réinsertions, de survie en milieu hostile. Un ruban de détails agrippés à la mémoire, sans fard derrière les barreaux.
Catherine
Elle entre en taule en 1978, pour du shit, parce qu’un juge estime que c’est « le bon endroit pour décrocher de la came » . La première nuit, « tout se mélange. C’est un magma d’émotions qui déstabilise et fait mal. Jusqu’au fond des tripes » . Au matin, l’impression qui domine est celle « d’un caisson métallique ». Impossible de respirer. « Je commençais une longue apnée. Tout est oppression. C’est une écume des jours, avec la pièce qui se referme sur soi. » Reste aussi en mémoire