Du Ministre De L’Immigration, Et De L’Attente Où Nous Sommes De Le Voir (Plus Et Mieux) Faire La Démonstration De Son Bel Esprit De Résistance

Sébastien Fontenelle  • 21 octobre 2009
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Le ministre (de l’Immigration et de l’Identité nationale) Éric Besson, pour qui «les Nobel» envisageraient me dit-on un prix spécial de la Dignité (qui lui serait annuellement remis, et ce ne serait que justice), a donc fait procéder hier à la réexpédition de trois sans-papiers afghans vers l’Afghanistan – au motif, notamment, que ces gens-là sont comme les Auvergnats: quand il y en a un, ça va, sous réserve, naturellement, qu’il ait des papiers en règle, mais deux, ou trois, pardon, c’est la chienlit.

Par ce geste, Éric Besson a confirmé qu’il était un homme de rangement, et qu’il aime trouver une place pour chaque chose, et pour chaque chose sa place.

Les torchons: à gauche, sur la deuxième étagère, dans le placard de la cuisine.

Les serviettes: à droite, dans l’armoire de la salle de bains.

Il arrive, dit-on, qu’Éric Besson découvre une serviette, (à gauche) dans le placard de sa cuisine: en de tels bouleversements (heureusement exceptionnels) de son ordre domestique (mais naturel), il se distingue, assure-t-on, par un admirable sang-froid; fait quérir la maréchaussée; fait raccompagner l’intruse jusqu’à (l’armoire de) la salle de bains par de zélés fonctionnaires – de cette catégorie, tu sais, qui jamais ne discute une injonction de sa chefferie, vu que, mâme Dupont, dans nos métiers, si on commence à tortiller du cul façon grosse pédale à états d’âme, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres.

Et donc, hier: trois Afghans furent mis, sur instruction d’Éric Besson, dans un navion, spécialement affrété par les autorités françaises et leurs alliées britanniques, et renvoyés vers Kaboul (Afghanistan), où ne les attend pas forcément leur petite famille, dont nu(le) ne saurait affirmer qu’elle n’a pas été hachée par des tirs talibans (ou de l’OTAN, tout aussi bien), mais où la France et la Grande-Bretagne (mais pas que) sont en passe (de Khyber) de «rétablir la démocratie» , Laurent Joffrin (et quelques autres) dixit – comme l’a encore montré la récente réélection de l’impeccable Hamid Karzaï (où d’aucun(e)s ont vu la preuve que les votations afghanes étaient, je cite, au moins aussi plaisantes que les consultations faites en tel particulier quartier d’affaires altoséquanais.)

À celles et ceux, plein(e)s de fiel et décidément acharnés à la permanente salissure de l’humanisme sarkozique, qui eurent avant le décollage du navion l’effronterie de mentionner que d’après certaines informations (non recoupées cependant) l’Afghanistan, nonobstant le rétablissement franco-britannique (mais pas que) de la démocratie, restait l’un des endroits où nul(le) n’enverrait encore ses enfants pour un stage de poterie sans y réfléchir à deux fois, Éric Besson, impavide, fit en substance la réponse que, non, il ne voyait pas qu’il y eût à Kaboul le moindre déficit de convivialité, et que par conséquent les trois pouill… Les trois Afghans reconduits seraient là-bas comme des coqs en pâte, les sacrés petits veinards.

«Il n’y pas de risques» pour ces «trois adultes de sexe masculin» à rentrer au pays, a soutenu Éric Besson, qui est aussi poète (et dont les vers montrent que ce n’est pas en vain qu’il a fait ses humanités).

Sèche tes larmes, gentil Hafizullah: dans quelques heures tu seras enfin chez toi, et tu auras de surcroît augmenté ton crédit de miles .

(J’escompte, naturellement, qu’il se trouvera des journalistes, pour vérifier à court, puis moyen, puis long terme qu’effectivement les trois expulsés auront (enfin) trouvé là-bas l’épanouissement d’une vie réussie en démocratie rétablie – comme Éric Besson le promet.)

Dans les billets que je mets ici, comme tu as sans doute noté: j’évite généralement de trop me laisser aller, comme font quotidiennement nos clercs d’époque, journaleux, politologues et autres fins penseurs, à des amalgames puants, du genre Machin est un nazi, Machin est aussi un nazi, et d’ailleurs, maintenant que j’y pense, Machin aussi est un nazi – voir, pour d’autres exemples, la production éditoriale, sur dix ans, d’un Philippe Val ou d’un BHL.

Mais, comme toi, je constate qu’en face, forts de l’assurance de qui ne connaît pas la honte, ils n’en finissent plus, ces temps-ci, de se libérer du joug de la pudeur: en pas quinze jours, la droite régimaire qui prétend régner sur nos vies et sa cléricature penchée viennent ainsi, rappelle-toi, de nous asséner successivement que si qu’on s’en prenait trop à tel cinéaste porté sur la «relation sexuelle illégale» avec mineure de 13 ans on bafouait – aussi – la mémoire du ghetto de Cracovie, puis que si qu’on jugeait un peu trop népotique la promotion-éclair du petit Jean Sarkozy, on était, Luc Chatel dixit , sournoisement raciste.

De sorte que, suivant l’exemple venu d’en haut, je vais moi aussi me laisser aller à dire tout haut que nous serions tout de même fondés à nous demander ce que ces gens qui renvoient des Afghans vers l’enfer afghan en précisant qu’ils ne risquent rien auraient fait en, mettons, 1940, s’ils avaient disposé du même degré d’autorité – sachant que l’armistice signé par la droite d’alors le 22 juin de cette année-là stipulait que «le gouvernement français» livrerait «sur demande tous les ressortissants allemands désignés par le gouvernement du Reich» réfugiés «en France, de même que dans les possessions françaises, les colonies, les territoires sous protectorat et sous mandat» .

Je sais, je sais: aucune excessive dignité n’entre dans une telle comparaison.

Comme je te disais plus haut: je ne fais que suivre, pour une fois, l’exemple de «nos» brillants intellectuels, qui désormais en appellent au nazisme, pour la disqualifier, à chaque fois que s’élève une dissidence.

Puis de toute façon, n’est-ce pas: je ne doute pas qu’Éric Besson, par exemple, aurait crânement refusé, il y a soixante ans, de renvoyer en Allemagne des réfugiés allemands.

Mais, comment dire?

Je ne détesterais pas qu’il soit aujourd’hui plus constant – plus déterminé, même -, dans la démonstration de son bel esprit de résistance.

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