Le désastre de Copenhague déjà oublié tandis que les anti-éoliennes et l’Arabie Saoudite se réjouissent

Claude-Marie Vadrot  • 27 décembre 2009
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Nul besoin d’inventer le mot « désastre », il a été publiquement prononcé quelques jours après la conférence par le Premier ministre Suédois encore en charge de l’Union européenne pour quelques jours. Nul besoin d’inventer le qualificatif « décevant », il provient d’un discours post-conférence du président brésilien Lula. Nul besoin enfin d’expliquer que l’ « Europe a signé à contre-coeur » le texte de deux pages et quelques lignes bâclé pendant la dernière nuit de « négociations », une dizaine de ministres de l’environnement l’ont expliqué depuis à leur retour au pays. Sauf ceux de Pologne, de Roumanie et de Bulgarie. Deux satisfactions perdurent dans ce concert de lamentations : celle du président français, l’autoproclamé « sauveur du monde », et celle de la plupart des membres de l’OPEP, l’organisation des Pays Producteurs de Pétrole qui affichent sans vergogne leur soulagement de pouvoir continuer à participer à la pollution du monde et à la destruction de la planète. Après avoir soutenu et financé la campagne de dénigrement puisant ses sources dans l’utilisation et la déformation de quelques centaines de courriels échangés par des scientifiques du GIEC, le Groupe International pour l’Etude du Climat, créé en 1988 par les Nations unies. Un détournement organisé et financé par l’Arabie Saoudite qui avait fini par trouver quelques hackers disposés, moyennant une dotation financière plantureuse, à servir leur maître du moment. Sans se préoccuper des conséquences qui ont, notamment, amené le président Obama, à troquer une réforme du système de santé américain pourtant largement revue à la baisse, contre l’oubli des avertissements des scientiques des Etats Unis et de son Agence pour l’Environnement.

Quant aux Chinois ils ont discrètement annoncé la construction de nouvelles centrales fonctionnant avec du lignite et du charbon. Tout en annonçant, ce que ne font ni les autres ni encore moins l’Europe, un effort sur l’éolien et le photovoltaïque. Quant aux Russes, ils sont restés muets et invisibles pendant toute la conférence, se refusant à toute déclaration, attendant simplement que les autres fassent le sale boulot qui leur permettra de continuer à exporter leurs produits pétroliers sans aucun bénéfice pour leur population. Pendant que, micro-exemple de bêtise et d’ignorance, les anti-éoliens français poursuivent partout leurs guérillas contre les éoliennes au nom du respect des paysages et de leurs résidences secondaires.

Mais déjà ce désastre diplomatique planétaire qui n’est niée que par la France, Brice Lalonde, Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy est oublié. On passe à autre chose : « Business as usual » et même pas « business vert » comme annoncé. Quant au Protocole de Kyoto de 1997 qui constituait la dernière garantie des pays du Sud, il n’est même pas mentionné dans le « texte final » qui n’a finalement été approuvé par personne. A tel point que les Grands du monde, se sont enfuis à tire d’aile sans se laisser photographier ensemble. Ils sont repartis rendre compte à leurs industriels pour s’occuper les uns et les autres de leurs prochaines élections. Ils attendent désormais, pour le 31 janvier, que chacun des participants fixent eux-mêmes leur taux de réduction d’émission de CO2. Pour les Etats Unis on a déjà la réponse, ce sera 4% par rapport à 1990 ; autant dire rien.

Après eux le déluge. Et avant, le nucléaire que François Fillon est parti immédiatement vendre aux Chinois.

Il ne reste plus de recours que dans les citoyens et dans leur prise de conscience au quotidien. A condition qu’ils ne se laissent pas entraîner dans l’admiration du rallye Paris-Dakar dont les monstres mécaniques vont, dans quelques jours, parcourir et dévaster une Argentine qui vit depuis plusieurs années une tragique sécheresse imputable aux modifications climatiques et à la culture forcenée et irriguée du maïs et du soja transgéniques qui envahit la Pampa. A condition aussi que les citoyens, comme en France, ne se laissent pas engluer, par l’intermédiaire des « grandes associations » dans les opérations de communications auxquelles le maître du monde les fait participer depuis des semaines en les baratinant à l’Elysée. En les rendant finalement complices implicitement satisfaits d’une erreur qu’il est possible de qualifier d’historique.

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