Bensaïd ou la radicalité joyeusement mélancolique

Philippe Corcuff revient ici sur l’œuvre de son ami Daniel Bensaïd, disparu à l’âge de 63 ans, chez qui le sens du tragique voisinait avec une intense joie de vivre.

Phillipe Corcuff  • 21 janvier 2010 abonné·es
Bensaïd ou la radicalité joyeusement mélancolique
© Philippe Corcuff est sociologue, professeur de science politique à l’Institut d’études politiques de Lyon, membre du NPA. Il a fondé la revue Contremps en mai 2001 avec Daniel Bensaïd et animé avec lui la collection « La Discorde » aux éditions Textuel.

À partir du début des années 1990, Daniel Bensaïd a bâti une œuvre originale, indissociablement philosophique et politique. Le thème de la mélancolie la traverse. Le marxisme hétérodoxe et le messianisme juif laïcisé de Walter Benjamin (1892-1940) lui ont servi, à maintes occasions, de repères et de matériaux de réflexion.

Dès son magistral Walter Benjamin – Sentinelle messianique (Plon, 1990), il annonçait à propos de l’écrivain allemand qui, fuyant le nazisme, s’était suicidé en septembre 1940 à la frontière franco-espagnole : « Dans sa galaxie mélancolique, nous croiserons ses étoiles jumelles, et nous éprouverons les attractions d’affinités discrètement électives. Jusqu’à trouver les infimes bifurcations d’où partent des sentiers encore inexplorés. »

Chez Daniel, le sens benjaminien du tragique, en regard des désastres collectifs du XXe siècle (judéocide, stalinisme, colonialisme…) comme de l’apprivoisement personnel de la proximité de sa propre mort, était contrebalancé par une intense joie de vivre et une chaleur communicative. À l’inverse, rompant avec toute idée « d’un projet à venir » , le philosophe Jean-Luc Nancy a récemment opposé un présent revalorisé à un futur dévalué : « Il y a de l’existence, au

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 6 minutes

Pour aller plus loin…

Ce que l’intelligence artificielle fait au langage humain
Analyse 24 juillet 2026 abonné·es

Ce que l’intelligence artificielle fait au langage humain

Les grands modèles de langage produisent des textes toujours plus convaincants à mesure que nous les entraînons. Une puissance d’imitation qui conduit à réinterroger les critères qui fondent la valeur du langage et ce qui fait sa créativité.
Par Juliette Heinzlef
« L’IA générative crée une aliénation langagière et idéologique »
Entretien 24 juillet 2026 abonné·es

« L’IA générative crée une aliénation langagière et idéologique »

Le linguiste François Rastier observe les effets des chatbots sur les humains. Chute de la diversité linguistique, risque populiste, amplification de la désinformation… Il déplore l’absence de cadrage juridique et appelle à promouvoir le « fait humain », comme on le fait par exemple pour le bio.
Par Juliette Heinzlef
Le jeu vidéo, une bonne partie d’utopie
Analyse 23 juillet 2026 abonné·es

Le jeu vidéo, une bonne partie d’utopie

Qu’il s’agisse de collecter les déchets d’une nature postapocalyptique ou d’incarner un agent de douane dans une dictature fictive, l’espace vidéoludique s’apparente, au-delà du divertissement, à un terrain d’expérimentation politique.
Par Juliette Heinzlef
Zidane, sociologie d’un génie
Essai 22 juillet 2026

Zidane, sociologie d’un génie

Stéphane Beaud a choisi le footballeur – sélectionneur pressenti de l’équipe de France masculine de football – comme objet d’étude, depuis ses origines familiales immigrées jusqu’à cette figure de prodige du ballon rond.  
Par Olivier Doubre