La République des saints

Sarkozy, Jésus, Le Pen, Icare…Vous voyez le lien ? Nous non plus… Par chance, Améziane, humoriste, nous l’explique.

Ameziane  • 23 novembre 2025
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La République des saints
Nicolas Sarkozy dans une église en Arménie, le 6 octobre 2011.
© ERIC FEFERBERG / POOL / AFP

Selon les statistiques, une majorité de Français ne croit plus en Dieu. Pourtant, prier reste à la mode. On espère que Macron nous comprenne, que Mélenchon nous sauve, que Le Pen « ait changé ». Chaque élection est une messe : on chante, on communie avec les promesses. Les saints ont été « grand-remplacés » par les politiciens : même besoin de miracle, même absence de résultat. Non efficientes mais divertissantes, les élections fonctionnent presque comme les Jeux olympiques : un opium du peuple sans la beauté des corps.

Sur les plateaux télé, c’est la procession : caméras, projecteurs et déférence. Le politique entre comme un messie, ressort en martyr, et, entre les deux, il t’explique que, si t’es au chômage, c’est parce que tu es un mécréant.

Le pluralisme, aujourd’hui, ressemble à un polythéisme : les ­macronistes, les insoumis, les lepénistes… Chacun défend son catéchisme et, tous les cinq ans, chaque culte envoie celui qui semble être « l’élu » ou, par défaut, Bruno Retailleau.

Le politique est devenu notre religion d’État. On croit à l’homme providentiel comme au prince charmant. La situation est si catastrophique qu’on ne demande plus un programme mais une résurrection. On veut que Jésus dirige le pays, mais avec une apparence de comptable (torse nu, sandales et cheveux longs, c’est trop marqué zadiste).

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Ces dernières décennies, on a tué le père, Dieu, l’homme blanc de + 50 ans et le roi – à raison – mais Macron a pris la place vacante. Il a intégré l’idée qu’il fallait incarner une forme de transcendance, et il a poussé le délire christique jusqu’au bout « parce que c’est notre ­projet ». Pour le ridicule, la fenêtre d’Overton avait été tellement agrandie par les précédents gouvernements que ses silences pseudo-mystiques de séminariste sur le retour n’ont pas entamé sa crédibilité.

À la droite du Père, Marine Le Pen. « Maman de la Nation », gardienne des frontières et amie des félins. Autoproclamée mère nourricière des oubliés, dans l’ombre, elle détourne le lait. Si elle était une louve, Rome n’aurait jamais vu le jour. Mais qu’importe : ses fidèles absolvent tous ses péchés. On ne demande pas à une sainte d’éviter les bals néonazis, on lui demande de comprendre la douleur du peuple. Depuis Montretout, l’Olympe lepéniste, le travail est aisé.

Derrière elle, prêt au matricide, le chérubin au sourire de ­Chucky, le parvenu au sourire carnassier, l’outsider de cette partie plus proche du sol que du divin, Jordan Bardella. 16 ans, carte du parti ; 23 ans, tête de liste ; 31 ans, président ? Il était nul à Call Of Duty, mais on l’envisage à la tête du pays du char Leclerc et du Famas. Peu d’historiens dédieront leur chaire à notre époque. Pour accéder aux privilèges de l’intelligentsia, il est préférable de maîtriser son Néron plutôt que son « Jordan9320 ».

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Enfin, vient le saint du retour, le martyr permanent, le pénitent neuilléen : Nicolas Sarkozy. Condamné pour association de malfaiteurs, il entre et sort des tribunaux comme d’autres entrent et sortent du confessionnal. Vu son rapport aux péchés, il est malin d’avoir choisi le catholicisme. Chaque comparution devient un pèlerinage, chaque photo un pas vers la légende. « Sarkozy libre ! » – voilà le chant liturgique. Nul n’est au-dessus des lois mais Nicolas est assez petit pour passer en-dessous.

Reste Jean-Luc Mélenchon, tribun en toge républicaine, Moïse des micro-trottoirs, qui ouvre la mer des meetings. Il ne dit pas « je parle au peuple » : il dit « je suis le peuple ». Se présentant comme un humain hostile aux dieux, tel Icare, il se brûle les ailes en essayant d’atteindre l’Olympe. Sur TikTok, il est devenu une icône pop, rempart antifasciste. Mélenchon, c’est Che Guevara sur de la propagande « djeun’s » : Wejdene, One Piece, hologrammes… Lui s’est carrément jeté par la fenêtre d’Overton !

Cinq figures, cinq cultes pour une théomachie. Ce spectacle vaut mieux qu’une tauromachie même si nous, pauvres brebis, sommes sacrifiés dans l’attente du vrai miracle : qu’un jour quelqu’un fasse de la politique sans se prendre pour Dieu. Ou bien est-ce à nous d’arrêter d’attendre du divin ce qu’il nous revient de réaliser ?

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