Une population digne mais en colère
Deux semaines après le séisme, Françoise Escarpit a arpenté les rues de Port-au-Prince, de Petit-Goâve et de Léogâne. Reportage.
dans l’hebdo N° 1087 Acheter ce numéro
Ce qui saisit le voyageur qui arrive à Port-au-Prince, une semaine après le séisme, c’est l’absolue impuissance devant les immenses campements qui poussent comme des champignons dans le moindre espace libre de décombres. Du côté de l’aéroport, il y a, comme toujours, beaucoup de circulation, de monde et des militaires de la Mission de l’ONU pour Haïti (Minustah), mais rien de spectaculaire qui laisse deviner ce qui se joue sur les pistes endommagées, et désormais gérées par les États-Unis, de l’aéroport international. Rien qui signale vraiment la catastrophe. Et d’un coup, une, deux, trois maisons effondrées, tombées d’un bloc, les étages supérieurs ayant écrasé le rez-de-chaussée. Sur une pente, des milliers de toiles plastiques, plantées sur des bâtons, tenues parfois par une tôle, et, dessous, dans la chaleur de la saison sèche, les sinistrés du 12 janvier qui ont tout perdu : des parents, des enfants, une maison, souvent même toute une vie de travail…
Au bout d’une rue, la cathédrale de Port-au-Prince n’a pas résisté, et son archevêque, Joseph Serge Miot, est mort enseveli dans les ruines de l’archevêché. Plus on avance dans le centre, plus le spectacle est terrible. Qu’elles soient en dur ou en bois, pauvres ou prétentieuses, la plupart des bâtisses sont par terre. Le palais national s’est effondré au milieu de son parc, et seul le laid monument construit par l’ex-président Aristide pour la commémoration du bicentenaire de l’Indépendance a tenu le coup. La place du champ de Mars s’est aussi couverte de tentes