Au Liban, les secouristes sous le feu israélien

Ces dernières semaines, une quarantaine de personnels médicaux ont été tués par des frappes aériennes. Visés délibérément, ils entendent bien continuer leur mission, fût-ce au péril de leur vie.

Laurent Perpigna Iban  • 23 mars 2026 abonné·es
Au Liban, les secouristes sous le feu israélien
Un secouriste sur le site de Burj Qalaouiyah, détruit par une frappe israélienne, au Sud-Liban.
© Laurent Perpigna Iban

Du centre médical de Burj-Qalaouiyah, il ne reste rien. L’établissement, situé au cœur des collines du Sud-Liban, à une dizaine de kilomètres de la frontière, a été pulvérisé par une frappe israélienne dans la soirée du 13 mars. Douze médecins, ambulanciers et infirmières ont perdu la vie, tués dans le bombardement ou dans l’incendie qui a suivi. Quarante-huit heures plus tard, les ruines sont encore fumantes. Au centre du bâtiment, un cratère de plusieurs mètres creuse le sol. Autour, au milieu d’un océan de béton rompu, des centaines de documents administratifs et de médicaments émergent.

Imaginer que notre centre médical serait la cible d’un tir de missile était impensable.

Hassan

Des détonations de frappes aériennes fendent le silence de manière continue. Hassan, un trentenaire originaire d’un village voisin, avait l’habitude, enfant, de se faire soigner ici. Il est venu apporter son soutien aux survivants, toujours sous le choc. Les traits tirés, l’un d’entre eux explique : « Nous savions que nous pouvions être visés, mais imaginer que notre centre médical serait la cible d’un tir de missile était impensable. Il n’y avait pas d’armes ici, nous sommes là pour aider la population, tout le monde le sait. »

Destruction du système de santé

Le jeune homme n’était qu’à une centaine de mètres avec d’autres camarades quand il a entendu la terrifiante déflagration. « Nous avons compris que notre établissement avait été frappé, alors nous nous sommes précipités sur place, les corps de nos amis étaient en train de brûler, poursuit un autre. Nous ne sommes que des secouristes, nous sommes là pour soigner, il n’y a jamais eu la moindre arme ici, que des médecins avec un grand cœur », répète-t-il inlassablement.

Tous sont membres de la Société islamique de la santé, une organisation civile, ce n’est un secret pour personne, liée au Hezbollah. Un phénomène qui n’a cependant rien d’inédit au Liban, tant les affiliations des structures médicales à des groupes politiques ou communautaires sont nombreuses. C’est particulièrement le cas dans le sud du pays, où elles viennent pallier le manque

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