Le NPA n’est pas la LCR. La preuve par le voile!

Michel Soudais  • 5 février 2010
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AFP PHOTO / GERARD JULIEN

Vous comprenez l’emballement médiatique auquel on assiste depuis hier autour d’une candidate du NPA qui porte foulard? Moi, non.
L’affaire est d’autant plus curieuse que, dimanche, le NPA a donné, en son siège parisien, une conférence de presse afin de présenter sa campagne pour les régionales et ses têtes de listes. Cela n’a pas fait beaucoup de lignes dans les journaux.
Et voilà qu’hier Le Figaro découvre que le NPA présente une candidate voilée dans le Vaucluse. Pas tête de liste, seulement quatrième. Aussitôt radios et télés répercutent la nouvelle avec gourmandise. Pour les journalistes à qui elle avait encore échappé, le NPA envoie dans la matinée deux communiqués de presse successifs. Le premier au nom du parti anticapitaliste pour revendiquer le choix du NPA du Vaucluse. Le second présenté comme un rectificatif d’Olivier Besancenot corrigeant les propos que lui prêtait Le Figaro . Sans doute pour donner à voir cette candidate qui n’avait pas encore d’image, le NPA annonçait dans la foulée une conférence de presse à Marseille qui, cette fois, fut très courue. Et abondamment couverte par TF1, France 3, Europe 1, j’en passe…

Depuis les critiques fusent. Contre le NPA et Ilham Moussaïd, cette jeune femme de 22 ans par qui le scandale est arrivée.
A droite bien sûr où les umpistes en vue dans les médias crient à la «provocation» , se disent choqués et s’insurgent contre l’ «instrumentalisation d’une pratique religieuse à des fins électoralistes» . Ils sont suivis par la horde des petits racistes ordinaires, maniacs du clavier qui se défoulent sur les forums de la presse en ligne. Certains sites ont d’ailleurs été contraints de fermer ces espaces de discussion ou de les modérer très sévèrement [^2].
Mais aussi, et même surtout à gauche. Avec d’autant plus de force que cette étudiante, trésorière départementale de son parti, membre du «comité populaire» d’Avignon, qui se présente comme «anticapitaliste» (cela va de soi), soutient que l’ «on peut être laïque, féministe et voilée» . Les associations féministes comme Ligue du droit international des femmes (LDIF), créée en 1983 par des militantes MLF et dont la première présidente a été Simone de Beauvoir, s’indignent. Dans les partis on dénonce une «une confusion très grave» (François Hollande), une attitude racoleuse (Jean-Luc Mélenchon)… Le NPA est accusé d’apporter de l’eau au moulin du débat caricatural du gouvernement sur la burqa (Pierre Laurent). Et même au sein du NPA, certains prennent leur distance, déplorant l’ «ambiguïté innoportune» (communiqué d’une minorité du Vaucluse) engendrée par cette candidature.
Toutes ces réactions sont bien sévères. Pour ne pas dire à côté de la plaque. Et il faudrait au contraire féliciter le NPA de commencer à mettre en œuvre ses promesses.

Là, je vous sens inquiets. Vous vous dîtes que je déraille. Pas du tout! Je dis que le NPA tient ses promesses. Si si si… Je vous assure. Voyez son dernier slogan. «Tout changer, rien lâcher» , clame l’affiche de campagne du Nouveau parti anticapitaliste.

Tout changer, rien céder

Un an après son congrès de création, qui osera encore prétendre que le NPA n’est que la continuation de la LCR? La preuve: cette histoire de foulard.
Dans un livre qui paraît ces jours-ci, «La gauche», les noirs et les arabes (La Fabrique), Laurent Lévy dit se souvenir encore du «sourire victorieux» de Pierre-François Grond, alors dirigeant de la LCR, à l’annonce de l’exclusion de ses deux filles du lycée H. Wallon d’Aubervilliers, pour cause de voile. C’était en 2003.
Aujourd’hui, le même Pierre François Grond, porte parole du NPA, «respecte» la décision prise dans le Vaucluse.
C’est bien que tout change. Et sans rien lâcher. Puisque, comme nous l’assure la nouvelle formation dans son communiqué, sa candidate partage sincèrement «les fondamentaux laïcs, féministes et anticapitalistes» du NPA.

Il faut en conclure que le NPA , mieux que d’autres, a su adopter les nouveaux codes sémantiques officiels du règne de Nicolas Sarkozy. Depuis 2007, il est possible d’être de gauche, moderne et ministre du gouvernement le plus antisocial et le plus droitier que l’on ait connu depuis deux tiers de siècle. Puisque cela est possible, une femme peut bien être laïque, féministe et voilée. Non?

Pour paraphraser un chroniqueur matutinal que les moins de 20 ans n’ont pas entendu sur France inter, nous vivons une époque FOR-MI-DA-BLE!


[^2]: Je préviens, les commentaires de ce blog seront modérés a priori.

Temps de lecture : 4 minutes
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