Pas encore morts… déjà enterrés

Entre silence des pouvoirs publics et déni des employeurs, les victimes professionnelles de l’amiante ont les plus grandes peines du monde à faire valoir leurs droits. Comme si la société préférait les oublier.

Pauline Graulle  • 4 février 2010 abonné·es
Pas encore morts… déjà enterrés
© Photo : Demarthon/AFP

Mustapha le sait : la bataille sera longue. Et rude. S’il la livre malgré tout, c’est pour faire la lumière sur la mort de son père, ancien OS des fonderies d’une usine Renault, décédé en 2002 d’un cancer du poumon foudroyant. Il avait 60 ans et venait de prendre sa retraite. « Toute sa vie, mon père a respiré des fibres d’amiante, il y en avait partout dans les ateliers » , affirme le jeune homme. C’est dans l’espoir de faire condamner Renault pour « faute ­inex­cusable » que Mustapha se rend chaque mois à La Courneuve, dans le petit local de l’Addeva 93. Une association de bénévoles, tous victimes de l’amiante, qui accompagne ceux qui veulent entamer une procédure d’indemnisation ou une procédure juridique contre leur employeur. « Mon père parlait peu, je ne sais pas s’il savait lui-même quelle était la cause de son cancer, souffle Mustapha. Aujourd’hui, je veux savoir s’il est mort à cause de ce poison. »

Combien sont-ils encore à ignorer que leur cancer, leur gêne respiratoire ou les lésions qui ont recouvert leur ­plèvre sont dus à l’amiante inhalé sur leur lieu de travail ? Difficile à dire… Si, chaque jour, dix personnes ­dé­cèdent en France des suites de leur exposition à ce minéral, 100 000 en mourront d’ici à 2025. En 2008, plus de 15 500 demandes

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Temps de lecture : 7 minutes