Municipales : en tête de liste, les femmes très largement sous-représentées, surtout à droite

Le ministère de l’Intérieur a publié l’intégralité des listes qui se présentent aux élections municipales. Et le constat est sans appel : la très grande majorité des têtes de liste sont des hommes. Et même quand les femmes le sont, elles ont moins de chance d’être élues.

Pierre Jequier-Zalc  et  Basile Roth  • 5 mars 2026
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Municipales : en tête de liste, les femmes très largement sous-représentées, surtout à droite
Affiches électorales pour les municipales à Bordeaux.
© Philippe LOPEZ / AFP

Deux sur dix : voici la proportion des femmes actuellement à la tête d’une commune. 20 %. Et cela ne devrait guère s’améliorer à l’issue des élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Après le dépôt officiel des listes fin février, le ministère de l’Intérieur a, en effet, publié l’ensemble des candidats et candidates pour ce scrutin. Sans aucune surprise, la parité est parfaitement respectée au sein des listes. C’est désormais une obligation légale pour l’ensemble d’entre elles, peu importe la taille des communes.

De fortes disparités selon la couleur politique

En revanche, la loi sur la parité ne donne aucune consigne contraignante concernant les têtes de liste, celles et ceux qui, si leur liste l’emporte, deviendront a priori maire. Et là, les inégalités de genre persistent très largement. Selon les données compilées par Politis, seulement 24,4 % des listes déposées pour les élections 2026 ont à leur tête une femme. Soit un tout petit point de plus qu’en 2020.

La reproduction des élites au pouvoir n’a pas pleinement été mise à mal par les lois dites sur la parité.

R. Sénac

« Ce constat n’est pas étonnant, souligne Réjane Sénac, directrice de recherche CNRS à Sciences Po, il s’explique par plusieurs facteurs dont la surreprésentation des hommes parmi les maires sortants et, plus largement dans les postes à responsabilité, notamment dans la gouvernance partisane au niveau des sections locales, des fédérations. Les lois dites sur la parité ont contraint à un partage à égalité des mandats et fonctions de conseillers municipaux et d’adjoints – qui va concerner pour la première fois aussi les communes de moins de 1 000 habitants –, mais il faudra être vigilant pour que la division du travail genrée ne se reproduise pas dans la répartition des délégations et dans l’élection du maire. » 

Têtes de liste aux municipales : personne n’atteint la parité, l’extrême droite mauvaise élève

Proportion de femmes et d’hommes têtes de liste après regroupement des principales forces politiques. Survolez les barres pour voir les effectifs exacts. Source : data.gouv.fr

Femmes
Hommes
Moy. nationale (24,4 %)

Surtout, comme le rappelle l’autrice notamment de La parité (PUF, « Que sais-je ? », 2008) et de Radicales et fluides. Les mobilisations contemporaines (Presses de Sciences Po, 2021), « remettre en cause les inégalités sexuées en travaillant sur leurs causes de la socialisation sexiste jusqu’au partage du pouvoir – et pas uniquement sur leurs expressions que sont les inégalités salariales ou les violences – n’est pas un objectif partagé par tous ». Cette dimension idéologique se retrouve nettement dans les chiffres.

Au sein du bloc central, les femmes très largement sous-représentées dans les grandes communes

Évolution de la proportion de femmes têtes de liste par taille de commune. Chaque ligne représente un bloc politique majeur. Source : data.gouv.fr

Ainsi, plus une liste est classée à gauche de l’échiquier politique, plus elle a de chance d’avoir une femme à sa tête. Celles inscrites comme « d’extrême gauche » [qui ne comporte pas La France insoumise, étiquetée LFI dans la base de données fournies par le ministère, et que nous avons intégrée dans notre classification « bloc de gauche », N.D.L.R] affichent 40,9 % de femmes à leur tête. Contre seulement 22,6 % pour les listes du bloc d’extrême droite.

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De fait, sans coercition légale, de nombreux partis ne voient pas la nécessité d’avoir une politique visant à placer des femmes en tête de leurs listes. « La reproduction des élites au pouvoir n’a pas pleinement été mise à mal par les lois dites sur la parité, car celles-ci ne sont efficaces que là où elles sont strictement contraignantes. C’est vrai aux municipales, comme aux élections départementales ou régionales », poursuit la chercheuse.

Les femmes ont moins de chances de l’emporter

Pis, comme le montre l’analyse des résultats des élections municipales 2020 réalisée par Politis, en plus d’être sous-représentées en tête des listes, les femmes ont moins de chance de l’emporter, et cela, quelle que soit la couleur politique. Prenons un exemple : en 2020, le bloc central avait près de 4 000 candidats et candidates têtes de listes. 38,6 % d’entre eux ont été élus. Mais seulement 27,4 % des femmes. Et, comme le rappelle Réjane Sénac, cela ne s’explique pas par une supposée réticence des électeurs.

80 % des maires sortants étant  des hommes, ils peuvent bénéficier d’une prime à la notoriété.

R. Sénac

Elle apporte deux pistes d’explication : « 80 % des maires sortants étant  des hommes, ils peuvent bénéficier d’une prime à la notoriété. Comme dans toutes les élections où les sortantes sont minoritaires, il y a aussi un biais consistant à mettre les femmes têtes de liste dans les communes difficilement gagnables. Comme pour les législatives par exemple, cela peut être une stratégie des partis politiques pour diversifier les candidatures, y compris les figures têtes de liste, sans mettre à mal la reproduction masculine des élites ».

Sous-représentées et moins élues : pour les femmes, la double peine

Ce graphique présente la différence entre la probabilité pour une femme d’être élue et la probabilité moyenne d’être élu·e au sein de la même force politique lors des élections municipales de 2020. Une barre vers la gauche indique que les femmes ont moins de chances d’être élues. Source : data.gouv.fr

Surtout, ces chiffres illustrent, au niveau politique, une réalité qui transcende tous les pans de la société. « Ce n’est qu’un effet loupe de la division genrée du travail au sein de nos sociétés, tout est imbriqué, l’éducation et l’orientation scolaire, les activités et responsabilités professionnelles et la répartition des tâches ménagères et domestiques », explique la chercheuse. Outre la place sur les listes, cette division s’opère aussi, au sein des municipalités, sur les postes occupés par des femmes : petite enfance, culture, santé quand les hommes récupèrent les portefeuilles du sport, des finances ou de la sécurité.

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Cela montre d’ailleurs bien l’impossibilité d’une loi aux effets « mécaniques » à effacer les inégalités de genre. « Il n’est pas réaliste de penser que la sous-représentation des femmes en politique, qui exprime des discriminations structurelles, pourrait être dépassée par un seul outil. Les lois dites sur la parité sont nécessaires mais pas suffisantes, elles doivent faire partie de politiques de remise en cause transversale du modèle genré de nos sociétés qui se construit à toutes les étapes de la vie et dans tous les secteurs de politique publique », poursuit Réjane Sénac. Et cet objectif est loin de faire consensus.

Ainsi, certaines femmes têtes de liste – comme Sarah Knafo à Paris – prônent même l’inverse. « Sans sous-estimer l’importance de veiller à ce que les femmes, comme tous les groupes historiquement exclus, soient représentées à égalité, il ne faut pas que cela occulte quelle politique est promue et sera portée par les candidates et les candidats », conclut la chercheuse. Et aujourd’hui, au vu de ces données, et à quelques jours du premier tour des municipales, le constat n’est pas reluisant. D’un point de vue descriptif comme sur les politiques mises en avant par de très nombreuses listes, l’égalité de genre n’est qu’un lointain mirage.

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