Mexique : flagrant délit de manipulation policière
La mise en scène qui a permis la condamnation de la jeune Française Florence Cassez révèle un pays rongé par la corruption. Reportage, Françoise Escarpit.
dans l’hebdo N° 1100 Acheter ce numéro

Ce 9 décembre 2005, à 6 h 45, les chaînes Televisa et TeleAzteca offrent à leur public l’un de ces reality-shows qu’il affectionne. L’Agence fédérale d’investigation (AFI), créée en 2001 sous la présidence de Vicente Fox, et supprimée en 2009 sous celle de Felipe Calderon, au profit d’une nouvelle police fédérale (qui serait plus efficace et moins corrompue), est alors dirigée par Genaro Garcia Luna. Ce jour-là, cet ancien des services de renseignements, aujourd’hui ministre de la Sécurité publique, convoque des journalistes. L’envoyé de Televisa, Pablo Reinah, se rend donc aux abords d’une propriété nommée Las Chinitas, sur l’ancienne route qui mène de Mexico à Cuernavaca, à une trentaine de kilomètres de la capitale. Il apprend sur place qu’il s’agit de la libération en direct de trois otages et de l’arrestation de leurs ravisseurs. Devant son écran, une autre journaliste de la chaîne, Yuli Garcia, alerte Denise Maerker, responsable de l’émission « Punto de partida », pour laquelle elle travaille. Elle a le sentiment d’assister à une opération trop parfaite pour n’avoir pas