À Mon Avis, C’Est De La Télépathie

Sébastien Fontenelle  • 6 mai 2010
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Illustration - À Mon Avis, C'Est De La Télépathie

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Dans le dernier Diplo , paru il y a huit jours, et dans un papier ravissant, Frédéric Lordon (nous) invite à «méditer le cas singulier du Japon» , qui est «un pays aussi superlativement endetté» que la Grèce, mais qui, pour autant, et à l’inverse d’icelle, est «absent de la chronique des crises de dette souveraine» .

Frédéric Lordon relève que «si l’on fait grand cas de la dette grecque, son encours (…) reste pourtant des plus modestes comparé à celui de la dette japonaise, dont le ratio atteindrait les 200 points de PIB en 2010 – record incontesté parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)» , et demande: «Comment comprendre que le détenteur de la plus importante dette publique au monde, affligé en outre de la solvabilité apparente la plus dégradée (si on lui donne pour mesure sommaire son ratio sur PIB), soit à ce point ignoré des investisseurs?»

La question vaut, en effet, d’être posée – d’autant qu’elle ne l’a jamais été.

Et justement, une semaine après que Frédéric Lordon a posé dans le Diplo cette question jamais posée, voilà que tout d’un coup Le Canard enchaîné la pose à son tour dans son édition d’hier, et demande: «Comment se fait-il que le Japon, avec une dette publique qui atteindra, à la fin 2010, 225 % de son PIB, ne se retrouve pas, comme la Grèce (deux fois moins endetté), sous la tutelle du FMI?»

Alors ça, quand même, c’est marrant, se dit-on alors: on a presque l’impression que l’auteur(e) du papier (non signé) de Le Canard enchaîné a trouvé son inspiration dans le papier (signé) de Frédéric Lordon, paru la semaine d’avant dans le Diplo .

Or: Le Canard enchaîné – qui n’aime pas du tout les copieurs[^2], et comme on le comprend – ne cite pas (du tout) le Diplo .

Et pourtant, force est de constater que les deux papiers – celui de Frédéric Lordon, et celui de Le Canard enchaîné , paru sept jours plus tard – ne sont pas (du tout) les moins ressemblants de l’histoire de la presse.

Ainsi, quand Frédéric Lordon, après avoir demandé pourquoi le Japon surendetté est à ce point ignoré des investisseurs internationaux, répond: «La réponse, simplissime, est: parce que les investisseurs internationaux ne sont pas les souscripteurs de la dette japonaise, détenue à plus de 95 % par les épargnants nationaux» ?

Le Canard enchaîné bisse, la semaine d’après, que: «Si le Japon s’en sort, c’est pour une raison toute simple: sa dette est financée à 94 % par les épargnants nippons eux-mêmes, et non, comme la Grèce [^3] *, par des banques et des assureurs étrangers»* .

Voilà assurément deux analyses assez voisines.

De même, quand Frédéric Lordon ajoute que «les marchés ne sont pas sollicités par la dette publique japonaise – qui s’arrange très bien sans eux – et, par conséquent, n’ont pas la possibilité de soumettre la politique économique du Japon à leurs normes absurdes» , et que « pour que les marchés fassent ingérence en cette matière, il faut qu’ils en aient l’instrument, à savoir les titres de la dette» ?

Le Canard enchaîné abonde, jugeant de son côté, sept jours plus tard, que: «Pour le moment (sa) particularité a permis à Tokyo d’échapper à un déchaînement de la spéculation des établissements financiers et à une dégradation de sa dette par les agences de notation» .

Décidément: la lecture de Le Canard enchaîné , sept jours après celle du Diplo , donne assez fort le sentiment du déjà-lu.

À mon avis, c’est de la télépathie.

[^2]: Et qui dénonce d’ailleurs, dans son numéro d’hier, le «réel talent pour la copie» de l’auteure (anonyme) d’un livre sur Dominique Strauss-Kahn dont certains passages semblent avoir été posément pompés dans d’autres bouquins.

[^3]: Sic .

Publié dans
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Temps de lecture : 4 minutes
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