Une défaite du journalisme

Le journal le Monde connaît une crise économique sans précédent, qui le contraint à une recapitalisation. Le 28 juin, le conseil de surveillance aura choisi le repreneur du titre. Une situation qui fait l’objet de pressions politiques et pose la question de l’indépendance du quotidien.

Denis Sieffert  et  Jean-Claude Renard  • 24 juin 2010
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Une défaite du journalisme
© PHOTO : SAGET/AFP

La crise qui conduit aujourd’hui le Monde à se placer dans la dépendance d’un ou de plusieurs groupes financiers, quels qu’ils soient, est évidemment le produit de plusieurs facteurs. En toile de fond, il y a la crise de la presse. Chute des ventes et effondrement des recettes publicitaires, associés à des investissements imprudents hérités de l’ère Colombani, ont entraîné un endettement dramatique. Le Monde est aujourd’hui tout simplement au bord du dépôt de bilan. Pour assurer les salaires jusqu’à la fin de l’été, il exige du futur repreneur une mise de fonds préalable de dix millions d’euros destinés à assurer l’avenir immédiat. Ensuite, les évaluations varient sur la somme à investir. On parle de 80 ou 120 millions d’euros. Les plus pessimistes évoquent une somme de 200 millions, qui permettrait d’assurer la modernisation indispensable de l’imprimerie. Il s’agira dans un premier temps de rembourser l’emprunt de 25 millions souscrit auprès des banques en 2009, et d’apurer les obligations remboursables en actions, dont les intérêts grèvent l’entreprise. À un tel niveau, il était évident que les sociétés de personnel, qui, en se regroupant, représentent 56 % des parts de l’actionnariat actuel, seraient submergées par le nouvel arrivant. Le calendrier de la recapitalisation est donc aujourd’hui incontournable. Le 28 juin, le conseil de surveillance aura choisi le repreneur du titre. Deux hypothèses s’offrent à lui. Deux trios composés, l’un du banquier Matthieu Pigasse, de l’homme d’affaires Pierre Bergé et du patron de Free, Xavier Niel ; l’autre, de Claude Perdriel, propriétaire du Nouvel Observateur, l’opérateur Orange (France Télécom) et du groupe espagnol Prisa ( El Païs ). Une troisième piste existe, celle du groupe Revenu multimédia, de l’homme d’affaires Robert Monteux. Candidature timide et retardataire.

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