« Hors-la-loi » : des audaces et des faiblesses
« Hors-la-loi », de Rachid Bouchareb, en salles cette semaine, aborde sous forme de fiction la guerre du FLN en France. S’il fait ressurgir de vieilles haines nauséeuses qu’il faut combattre, il n’est pas exempt de défauts. Preuve qu’un débat est nécessaire, qui doit permettre aux historiens de livrer leur lecture.
dans l’hebdo N° 1119 Acheter ce numéro

Qu’après le succès d’ Indigènes Rachid Bouchareb aborde la guerre du FLN en France ne pouvait que susciter l’attente d’un grand film sur un sujet à la fois occulté et important. Le fait que sa sélection au dernier Festival de Cannes ait été l’occasion de vives attaques de la part d’associations pieds-noirs nostalgiques de l’Algérie française, qui ne l’avaient pas encore vu, incitait à espérer qu’il soit de ces œuvres cinématographiques fortes qui savent faire émerger soudain aux yeux d’une société un épisode de son passé qu’elle avait préféré oublier.
Le jour de sa projection, un millier de manifestants s’étaient rassemblés devant l’hôtel de ville de Cannes à l’appel de ces associations et d’élus UMP, pour protester contre un film qu’ils accusaient à l’aveugle de « falsifier l’histoire » parce qu’une séquence de six minutes montrait pour la première fois la répression massive du 8 mai 1945 à Sétif contre un cortège d’Algériens qui avaient osé arborer, lors du défilé de la victoire, ce qui deviendrait leur drapeau national. Accusation absurde qui révèle chez ces protestataires un déni de réalité et une manière de s’accrocher à une mémoire communautaire en tentant de l’imposer comme histoire officielle que nul n’aurait le droit