Hessel censuré

Denis Sieffert  • 20 janvier 2011
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Au fond, il y a une certaine logique : Israël, qui a beaucoup aimé l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid, et qui s’était opposé à l’époque à tout boycott de ce pays, craint terriblement la campagne de boycott qui s’organise contre sa politique d’apartheid. Il fait donner le Crif, plus zélé que sa propre ambassade, pour faire taire ceux qui relaient cette campagne en France. C’est ainsi que son président, Richard Prasquier, s’est récemment vanté d’avoir obtenu de la ministre de l’Éducation nationale, Valérie Pécresse, qu’elle ordonne à la directrice de l’École normale supérieure de Paris, Monique Canto-Sperber, d’interdire une réunion publique à laquelle devait prendre part Stéphane Hessel. Il y a aussi une certaine logique à ce qu’un membre du gouvernement qui vient de proposer de prêter main-forte à Ben Ali fasse taire celui qui fut le coauteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, de 1948.

Ce qui n’est pas logique, et qui bafoue toutes les traditions, c’est que la directrice de l’ENS, haut lieu de débats et de démocratie, ait cédé à une injonction venue en droite ligne du Crif, privant de parole, outre Stéphane Hessel, Leila Shahid, ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne, Nurit Peled, prix Sakharov pour la paix, décerné par le Parlement européen, l’avocate Gisèle Halimi et l’ancienne ministre de la Justice, Élisabeth Guigou. Des orateurs qui, en outre, n’ont pas tous la même position, les uns plaidant exclusivement pour un boycott des produits venus des colonies, les autres pour un boycott de tous les produits israéliens.

À voir le nom des orateurs, on se dit que de pires brigands ont pu, par le passé, et sans être inquiétés, tenir des réunions publiques en ce lieu dans l’histoire heureusement très libérale de l’ENS. Dans cette affaire, comme le note fort justement Michel Tubiana, ancien président de la Ligue des droits de l’homme, le Crif « joue avec le feu ». Ses responsables se vantent de l’influence extravagante qu’ils ont sur les plus hauts responsables gouvernemen­taux et ils accréditent l’idée évidemment fausse selon laquelle, comme le dit Michel Tubiana, « il y aurait un signe d’égalité entre les juifs […] et la politique des autorités israéliennes » . La réunion-débat prévue dans les murs de l’ENS devait être remplacée, mardi soir, par un rassemblement place du Panthéon. À moins que M. Prasquier fasse donner les CRS…

Politique
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