Le souffrat social

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Il est bouleversant, hein, DSK, quand il raconte sur France 2 que « c’est en Europe qu’il y a la souffrance sociale la plus forte » (au Bangladesh, les mecs se gavent), et que du coup « c’est là qu’il faut porter le fer » dans la plaie du souffrat social – et quand au bord des larmes il narre qu’  « en France, plus de 6 millions, un quart de salariés, gagnent moins de 750 euros » , comme l’a souligné dans Marianne l’élégant Jacques Julliard (qui fut tout petit l’un des plus zélés chantres de l’entrée du capitalisme dans la gauche, et qui, l’âge venant, s’aperçoit que, finalement, le capitalisme fait qu’assez peu la joie des familles, et si j’aurais su, j’aurais fermu à double tour ma boîte à camembert, sans même l’ouvrir pour le dessert).

Il est si bouleversant, DSK, qu’on a d’abord envie, en l’écoutant, de rédiger vite fait un éditorial de Laurent Joffrin, d’où ressortirait, comme d’hab, que DSK est un mec au poil, et que, certes, des cache-ta-joie prétendent qu’il n’est pas foncièrement de gauche, mais qu’en vrai, si, en vrai, il est de gauche, et d’ailleurs Anne Sinclair, qui le connaît quand même de près, a dit comme ça qu’il fallait être complètement tordu(e) pour considérer qu’il fût de droite, et ça, n’est-ce pas, c’est quand même une preuve, et du coup, ça serait bien que Dominique, dont le prénom porte en écho l’avenir des travailleurs, dise enfin qu’il est candidat, au lieu de tortiller du cul, vu que les sondages montrent que si qu’on votait dimanche prochain, plutôt que dans plus d’un an, Dominique bousillerait Sarkozy par quinze buts à zéro, aaallez, Domi, aaallez Domi, aaalleeez.

Puis, juste après, on réfléchit, et on se demande : qu’est-ce qu’il a fait, dans la vraie vie, pour cautériser « la souffrance sociale » , le Domi ? (Et vaut-ce bien qu’on en fasse un édito barbichu ?)

Quand il était ministre chez « socialiste » : il a privatisé. Mais alors : bien. Il a fait du salariat un ficelé paquet, qu’il a gentiment déposé sur le palier du patronat – où l’on se loua sans fin de cette injection dans le secteur concurrentiel de tous ces gens qu’on allait pouvoir sous-payer. (Prends tes 750 euros, Toto, et ferme ta gueule, si tu veux pas finir en trémolo dans la voix de DSK, un dimanche soir sur France 2.) La presse économique l’ovationna, jurant qu’il était le « plus grand privatiseur » de tous les temps.
Et qu’est-ce qu’il fait, Domi, au FMI ?

Pareil. Ému jusqu’aux tréfonds par la « souffrance sociale » des Grec(que)s, le Fonds les somme de vite faire pour 50 milliards d’euros de privatisations, tas de feignasses. Sinon, pas de chocolat.

Tu te noies, Benoît ? T’as le train de vie qui sort des rails, nonobstant qu’on te nantit de 750 euros par mois, sans préjudice d’une couverture maladie ? Tends vite la main vers DSK, qu’il t’enfonce la tête sous l’eau – sous les applaudissements nourris de l’éditocratie, où l’on n’en finit plus de compter les jours qui nous séparent de celui, béni entre tous, où Domi enfin nous dira oui, les ami(e)s, ouiiiii, les ami(e)s, je suis candidat, et croyez m’en : je vais « porter le fer » .


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