29 mars Japon: les pires craintes des écologistes se concrétisent: trois réacteurs en fusion. C’est aussi grave que Tchernobyl. Comment évacuer Tokyo?

Claude-Marie Vadrot  • 26 mars 2011
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Les scenarii du pire envisagés, sans aucun plaisir et sans aucune « indécence », depuis deux semaines par les écologistes et rapportés sur le site et dans les papiers de Politis sont hélas en train de devenir réalité. Peu à peu, tout en pratiquant toujours et encore une rétention de l’information qui parait consubstantielle à l’industrie nucléaire et aux pouvoirs qui la soutiennent, il apparaît clairement que plusieurs réacteurs de la centrale de Fukushima sont hors de contrôle depuis le début. Et que les piscines de refroidissement du combustible usagé continuent de bouillir malgré l’eau généreusement déversée par des hélicoptères puis par des pompiers qui risquent leurs vies. En fait, nous explique un écologistes japonais, les responsables de la centrale courent d’un réacteur à l’autre et ne savent d’autant plus quoi faire que dans certains bâtiments, la radioactivité est si forte qu’elle peut tuer un individu en quelques minutes. D’où la nouvelle évacuation ordonnée par une entreprise, la TEPCO, dont le PDG a disparu depuis treize jours…Pendant que les responsables de ses réacteurs accumulent les bricolages sans parvenir au moindre résultat. Alors que, comme nous l’avons signalé il y a une quinzaine de jours, trois réacteurs (au moins) sont bien en fusion et que leurs cuves ne sont plus étanche. Comme le prouve les éléments de plutonium retrouvés autour de la centrales et dans la région.

Ce qui signifie que depuis le début et plus encore maintenant que le désordre perdure, réacteurs et piscines relâchent en permanence depuis dix sept jours de la radioactivité dans l’atmosphère; et qu’une partie importante de ces rejets, y compris les particules de plutonium, sont lavés dans les airs par la pluie et imprègnent peu à peu les terres agricoles d’une région de plus de 3000 kilomètres carrés désormais. Evidemment, les habitants de cette zone déjà durement frappés par le tsunami, sont peu à peu contaminés, mais il n’existe aucune solution pour les évacuer hors d’une atmosphère polluée qui s’aggrandit tous les jours. Et nul, au Japon, ne veut envisager l’hypothèse d’une évacuation des 35 millions d’habitants de Tokyo si le nuage progresse vers le Sud. Comme le montrent les mesures effectuées par les militants de Greenpeace dont les résultats font apparaître qu’à 50 kilomètres de la centrale, les habitants de la zone concernée reçoivent en quatre jours la dose au delà de laquelle, les ennuis de santé sont prévisibles à terme. Sans compter la radioactivité qui dérive lentement vers le reste du Japon poussé par un vent de 15 à 20 kilomètres à l’heure qui souffle soit du Nord-Ouest, soit du Nord.

Les rejets contaminants qui ne dérivent pas vers Tokyo s’en vont au dessus de la mer ou montent peu à peu dans l’atmosphère, rejoignant le nuage radioactif (pour l’instant inoffensif) qui est passé mercredi au dessus de l’Europe et qui risque peu à peu de se charger en faisant le tour de la planète. On y ajoutera évidemment la contamination de la mer qui est, d’après les chiffres officiels, environ 1250 fois supérieure à la concentration autorisée à proximité de la centrale parce qu’aucun bassin de rétention des eaux n’a été prévu par les constructeurs. Un chiffre énorme qui n’a pas empêché les autorités japonaises d’expliquer samedi soir que cette radioactivité allait se diluer dans l’eau de mer et qu’elle ne posait donc pas de problème. C’est faire bon marché de la faune et de la flore qui va ingérer et concentrer les radio-éléments ; en les rendant d’abord impropres à la consommation et en entraînant ensuite des graves désordres dans l’organisme des poissons et des crustacés touchés. Un porte parole de l’organisme de contrôle a même déclaré sans rire que les « algues allaient digérer la radioactivité ». Sans doute au prix d’une grave indigestion…

Pour comprendre l’ampleur du risque couru par les Japonais, il faut mentionner deux détails : les réacteurs étant en fusion, la situation risque de durer encore des semaines et d’ores et déjà, la surface contaminée atteint la superficie de la zone interdite en Ukraine lors de l’accident de Tchernobyl. Ce qui permet de signaler que par sa durée et son intensité, la situation de la région de Fukushima égale en gravité celle qui avait prévalu à Tchernobyl. D’abord parce que malgré leurs sacrifices, les ingénieurs et techniciens qui travaillent à tenter de juguler les suites de l’accident ne parviennent pas à améliorer une situation qui peut encore durer des semaines ; avant que les réacteurs hors de contrôle soit recouverts d’une carapace les empêchant de relâcher de la radioactivité quelles que soient les quantités d’eau douce ou d’eau de mer déversées ; et ensuite parce que les autorités ne disent rien de la situation des autres réacteurs arrêtés en urgence (cinq au moins) focalisant volontairement l’attention sur deux ou trois d’entre eux.

La preuve est donc faite que le nucléaire ne peut qu’échapper au contrôle humain après un accident et que les responsables des centrales n’ont plus dans ce cas aucune autre arme que le mensonge. Réclamer que l’on s’achemine, en France et ailleurs, vers une réduction progressive du nombre de centrale n’est donc pas « indécent » mais raisonnable. Une réduction qui doit passer le plus rapidement possible vers une diversification qui passe par les économies d’énergie, pas l’éolien et par le solaire. Ce qui implique des efforts de recherche et de mise en oeuvre immédiats. Alors que depuis quelques semaines, plusieurs projets de centrale solaire et de champs d’éoliennes ont été annulés par des tribunaux administratifs. A-t-on jamais vu un projet de centrale nucléaire annulé par la justice ?

Mais, il y avait samedi dans les rues allemandes, des dizaines de milliers de personnes manifestant pour l’arrêt progressif du recours au nucléaire en Allemagne alors qu’en France, en dehors de Fessenheim en Alsace, les foules rassemblées contre le nucléaire ont été remarquablement clairsemées. Un résultat qui peut être, au moins en partie, mis sur le compte de la propagande pro-nucléaire véhiculée par de nombreux et puissants médias.

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