Couvre-feu à Gennevilliers et Asnières  : « Un aveu d’impuissance »

Une absurde guerre de clocher entre deux communes des Hauts-de-Seine a fait un mort et plusieurs blessés en moins d’une semaine. Les maires communistes et socialistes de Gennevilliers et d’Asnières ont placé leurs villes sous couvre-feu.

Erwan Manac'h  • 17 mars 2011
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Couvre-feu à Gennevilliers et Asnières  : « Un aveu d’impuissance »
© Photo : THOMAS SAMSON / AFP

Deux cents policiers et un hélicoptère quadrillaient les communes d’Asnières et de Gennevilliers dans la nuit de mercredi à jeudi. Dans ces deux villes des Hauts-de-Seine, un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés a été décrété.

Un adolescent de 15 ans, poignardé à quelques pas de la station de métro Les Courtilles, a perdu la vie dans la nuit de samedi à dimanche. La spirale de la vengeance s’est d’abord abattue sur un jeune homme de 22 ans, passé à tabac le lendemain. Lundi, une marche en hommage de la jeune victime a dégénéré en violence entre adolescents. Et un autre adolescent a été blessé à l’arme blanche, cette fois sans grande gravité, mardi 15 mars.

« Il y a un vieux contentieux entre les deux villes , explique le sociologue Marwan Mohammed [^2], contacté par Politis.fr. Mais l’analyse qu’on peut faire du conflit actuel dépend en partie des ressorts qui l’ont déclenché. Est-ce une logique d’honneur et de réputation, comme dans un conflit entre quartiers classique, une logique économique, partie sur une embrouille liée au marché des stupéfiants ou un conflit personnel sur lequel s’est agrégée la solidarité des bandes ? »

Entre ces deux quartiers, séparés par un boulevard, cette guerre des boutons a pris des proportions inouïes pour des raisons inconnues. Une « spirale de violence exceptionnelle » s’est déclenchée, pour le maire socialistes d’Asnières, Sébastien Pietrasanta : « Nous avons donc dû adopter des mesures exceptionnelles. »

Ce couvre-feu n’a pas soulevé la même polémique que celui mis en place par Christian Estrosi, le maire de Nice, en février 2010. Depuis une vingtaine d’années, des mesures de ce type ont été prises épisodiquement partout en France : Dreux, Orléans, Montrouge, Orange, Castres, Colombes…

Un aveu d’impuissance

« Nous avons une équipe de médiateurs qui a fait un gros travail à la sortie des collèges mais nous sommes face à une petite minorité qui n’est même pas capable de respecter le deuil d’une famille , explique Sébastien Pietrasanta. Nous essayons d’instaurer un dialogue mais ces jeunes ne sont plus dans le rationnel. »

Quatre mois de prison ferme ont été prononcés ce mercredi à l’encontre d’un homme de 19 ans, interpellé lundi pour des faits de « violences volontaires » sur un lycéen d’Asnières. Des jeunes ont été mis en examen pour des faits similaires. Mais le déploiement policier depuis samedi n’a pas permis d’empêcher de nouvelles violences.

« Le problème est que dans certaines villes, il n’y a pas de diplomatie informelle , analyse Marwan Mohammed. Il manque des acteurs intermédiaires suffisamment légitimes pour agir rapidement en période de crise. On envoie la police comme un aveu d’impuissance qui en dit long sur la régulation sociale dans certains quartiers. Ce n’est pas le cas dans toutes les villes, mais il y a trop souvent un vide, les acteurs locaux ont du mal à se maintenir… à se financer. Ils ont besoin d’être reconnus par le pouvoir comme des partenaires, mais pas instrumentalisés comme c’est souvent le cas dans des villes qui sont dans une logique de contrôle. Les acteurs de terrain ont besoin d’autonomie et de liberté pour être légitimes dans la rue. Dans le même temps, on fragilise l’action sociale en déversant tous les moyens dans la gestion des « risques », la « prévention situationnelle », en déployant par exemple de la vidéosurveillance. »

Baisse de 18 % des subventions pour la politique de la Ville 

« Nous pâtissons de l’échec de trente ans de politique urbaine et de politique de la Ville , regrette Sébastien Pietrasanta. Vendredi après-midi, quelques heures avant la mort du jeune adolescent, la préfecture nous annonçait une baisse de 18 % des subventions pour la politique de la Ville » .

[^2]: auteur de « Les bandes de jeunes. Des « blousons noirs » à nos jours. Avec Laurent Mucchielli, la découverte, sociologue au CNRS, Centre Maurice Halbwachs. Prochain ouvrage : La formation des bandes. Entre la famille, l’école et la rue. PUF (à paraître

Société
Temps de lecture : 4 minutes
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