La situation reste hors de contrôle à Fukushima

18 jours après le tsunami au Japon, la situation reste critique dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Certains experts évoquent déjà une catastrophe plus grave que celle de Tchernobyl, en 1986.

Erwan Manac'h  • 29 mars 2011
Partager :
La situation reste hors de contrôle à Fukushima
© Photo : Christian Aslund / AFP / Greenpeace

Sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi, la situation évolue en permanence et reste très préoccupante. La radioactivité grimpe au gré des manœuvres des employés de la centrale et des conditions météorologiques.

L’eau contaminée

« Nous ne savons pas ce qui est fait des nappes d’eau utilisées pour le refroidissement des réacteurs qui deviennent des déchets nucléaires » , s’inquiète Charlotte Mijeon, chargée de projet à Sortir du nucléaire. La compagnie Tepco, gestionnaire de la centrale, a reconnu lundi pour la première fois que de l’eau s’était échappée des bâtiments, avec un risque d’écoulement vers l’océan Pacifique. Les sous-sols des réacteurs 1, 2 et 3 sont inondés, comme les tunnels techniques passant dans le sol. Les employés de la centrale sont exposés à un danger mortel et le pompage de ces nappes s’annonce très compliqué.

D’après l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), « des nouvelles mesures réalisées en mer indiquent que la contamination du milieu marin est importante et en augmentation » .

Une situation hors de contrôle

Les équipes d’intervention essaient de limiter les projections d’eau sur les réacteurs en fusion qui libèrent de la vapeur radioactive. Mais les techniciens doivent tout de même procéder de la sorte pour éviter une montée de pression qui risque de faire exploser les réacteurs. « On est quasiment dans la même situation que les premiers jours. On projette de l’eau pour tenter de contenir le danger, mais ce n’est pas une solution qui a une fin , s’inquiète Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France. ### Personne ne commence à proposer l’ombre d’un scénario d’une solution. »

Après la fusion du cœur d’un réacteur dans la centrale de Tchernobyl, en 1986, du sable avait été projeté sur les décombres radioactifs du bâtiment. Une solution encore inenvisageable à Fukushima où les combustibles ne sont pas à l’air libre, à la différence de Tchernobyl. « Cela créerait un espace de confinement ingérable qui pourrait monter en température et faire craindre l’explosion , explique Yannick Rousselet. Les cœurs des réacteurs doivent être refroidis avant toute chose. »

La seule nouvelle rassurante de ce début de semaine pourrait venir des piscines de combustibles usagés, qui ont été refroidies. Mais « cela ne veut pas dire qu’elles sont hors de danger , précise Yannick Rousselet. Elles peuvent se réchauffer à tout moment ».

Sur place, Greenpeace a demandé une extension de la zone d’exclusion à 80 km autour de Fukushima Daichii. Mais le Japon tarde à reconnaître la nécessité d’une telle mesure. *« L’évacuation des populations est très lourde, vu la densité de l’île, d’autant qu’il faudra se résoudre à évacuer définitivement les lieux. Le Césium 137 rejeté dans l’atmosphère est une particule extrêmement fine qui reste **dangereuse pour l’homme pendant 300 ans, révèle Yannick Rousselet. *Cet accident est aussi une catastrophe économique pour le Japon, car la façade pacifique japonaise est une zone d’aquaculture. On risque d’avoir à terme des difficultés alimentaires. »*

Écologie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Refuser de se positionner publiquement, c’est se ranger du côté des pires destructeurs du vivant »
Luttes environnementales 29 mai 2026

« Refuser de se positionner publiquement, c’est se ranger du côté des pires destructeurs du vivant »

La militante écologiste Lucie Pinson, fondatrice de l’ONG Reclaim Finance et Prix Goldman pour l’environnement en 2020, lutte auprès des milieux financiers pour les forcer à abandonner les investissements polluants. Pour elle, « il n’y a pas de fatalité, on décide aujourd’hui du monde de demain ».
Par Martin Eteve
« Le béton ciment est un matériau pilier du système capitaliste »
Entretien 20 mai 2026 abonné·es

« Le béton ciment est un matériau pilier du système capitaliste »

Pour l’architecte et militante écologiste Léa Hobson, l’intersectionnalité des luttes est la seule voie pour s’opposer aux impacts majeurs de la bétonisation sur les populations, les espèces et la terre.
Par Vanina Delmas
Les mouvements citoyens ne lézardent pas face aux bétonneurs
Analyse 20 mai 2026 abonné·es

Les mouvements citoyens ne lézardent pas face aux bétonneurs

Derrière de nombreux projets responsables de l’artificialisation des sols, il y a la filière du béton, puissante et omniprésente. Malgré les risques de répression, les citoyen·nes continuent de se mobiliser pour préserver les terres agricoles et naturelles.
Par Vanina Delmas
Le vent se lève contre les ravages écologiques des data centers
Reportage 20 mai 2026

Le vent se lève contre les ravages écologiques des data centers

Un projet de construction du plus grand centre de données d’Europe, Campus IA, menace 70 hectares de terres agricoles à Fouju (Seine-et-Marne), une commune de 650 habitants. Comme ailleurs en France, des résistances citoyennes font face aux périls pour le vivant que représente l’arrivée de ces infrastructures.
Par Martin Eteve