Tribune / La modernité politique de l’Intifada arabe

Bernard Ravenel  • 31 mars 2011
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Même si l’Intifada palestinienne qui éclata en 1987 constitue, comme soulèvement populaire non armé, un précédent significatif, c’est seulement aujourd’hui que le monde arabe démontre à la face du monde sidéré, l’extraordinaire puissance morale et politique de l’action non-violente de masse. Cette révolution populaire peut se snthétiser ainsi : mobilisation de masse, refus de l’emploi de la violence, résistance non-armée face à la répression (aujourd’hui même en Syrie), et victoire (en Tunisie et en Egypte). Certes, cette révolution ne peut pas être un long fleuve tranquille ; déjà, en Libye, une logique de violence lancée par Khadafi (avec son appel à la guerre civile) semble prendre le dessus ; mais l’exigence de liberté, d’égalité et de citoyenneté portée par la jeunesse du monde arabe crée un processus irréversible contre ce vieux monde de la violence.

Une révolution gandhienne

Ce mouvement a appliqué sans certainement la connaître en profondeur, la stratégie gandhienne qui a ensuite inspiré le révérend Luther King. Ce qui a triomphé, c’est cette forme de lutte politique fondée sur l’effet déstabilisant que doit produire chez l’oppresseur la non-violence de milliers, de millions de personnes humiliées, attaquées et violées dans leurs droits, dans leur personne, dans leur corps.

Pour être efficace politiquement, ce genre de « scénario » doit se dérouler sous les yeux du monde bientôt amené à se solidariser avec les résistants. Cela suppose de la part des masses qui manifestent une détermination sans faille ; ce qui est fondamental, c’est la mise en évidence de la violence de l’oppresseur.
C’est ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte.

Et la résistance palestinienne actuelle ?

Mais pourquoi oublie-t-on aujourd’hui le précédent qu’a constitué à la fin des années 80 la première intifada palestinienne, ce soulèvement de masse « non armé », à 95% non violent comme l’a analysé le théoricien palestinien de la non-violence, Awad Mubarak. Ce mouvement a changé aux yeux du monde l’image du combat national palestinien et, de ce fait, permis une avancée déterminante de la cause palestinienne, contraignant Israël à négocier. Mais Israël a saboté les accords conclus et provoqué une deuxième intifada qui a cédé à la tentation de la lutte armée, conduisant à l’échec de cette intifada.

Depuis 2005, les Palestiniens à partir des villages ayant perdu des terres avec la construction du Mur ont relancé la résistance populaire non-violente. Ce mouvement s’étend progressivement dans un climat de répression intense.

Aujourd’hui, deux éléments renforcent cette résistance :

  • Le développement accéléré des modes de transmission de l’information et surtout de l’image devrait permettre à la résistance populaire de réaliser son objectif stratégique fondamental, celui de pouvoir montrer au monde entier, en temps réel et simultanément, l’image de la non-violence palestinienne et celle de la violence israélienne.
  • Et la dynamique égyptienne galvanisant le monde arabe n’est pas sans effet sur les voisins palestiniens. Elle a brisé le blocus mental et la barrière de la peur. La manifestation des jeunes pour l’unité nationale contre l’occupation le 15 mars, à Gaza et en Cisjordanie, a redonné aux Palestiniens leur principale force, chantée par Mahmoud Darwich, l’espoir.

Si, depuis 1948, Israël a bénéficié d’une impunité permanente en raison de l’indulgence coupable en particulier de l’Occident, la violence qu’il exerce contre une résistance désarmée sera de plus en plus montrée, dévoilée partout et insupportable à l’échelle internationale. Certes, le pouvoir israélien sait mettre en scène chaque acte de violence côté palestinien, même et surtout quand celui-ci est en réaction à une agression israélienne. Ces formes de provocation de la part d’un adversaire sans scrupules nécessitent pour cette résistance palestinienne une maîtrise et une force morale encore plus admirables d’où son efficacité.

Inquiet de l’évolution en cours, le gouvernement israélien se prépare à écraser cette résistance, déjà compartimentée par les barrages et les enclaves, pour qu’elle ne parle plus, pour qu’elle ne soit plus visible, car elle exprime et démontre au monde la force politique de sa lutte pour le droit, pour ses droits, et la force morale de sa forme de lutte. Tous les moyens seront bons, y compris la provocation, pour étouffer ce mouvement profondément unitaire.

En ce moment crucial, le mouvement de la résistance populaire organise, dans le village de Bil’in sa cinquième conférence internationale annuelle entre le 20 et le 22 avril. Elle a besoin pour gagner d’un soutien international encore plus puissant, c’est-à-dire plus visible aux yeux du monde.

Bernard Ravenel est ancien président de l'Association France-Palestine Solidarité
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