Ainsi parlait Günther Anders

Le philosophe allemand analyse l’emprise mortifère
de la technique sur l’homme,
et appelle à une insurrection morale contre la résignation.

Céline Trégon  • 21 avril 2011 abonné·es

« Les condamnés à mort peuvent décider librement s’ils veulent, pour leur dernier repas, que les haricots soient servis sucrés ou salés. » C’était dans le tome I de l’Obsolescence de l’homme ; le philosophe allemand Günther Anders y décrivait la « deuxième révolution industrielle » , l’avènement d’une époque marquée par la toute-puissance de la technique. Les deux guerres mondiales, Auschwitz et la bombe atomique en sont les manifestations les plus barbares. « Nous ne vivons plus désormais dans un monde où il y a de plus en plus de machines mais dans un monde où ces machines, ayant en quelque sorte pris le pouvoir, entraînent une dévastation de l’humanité même de l’homme, son obsolescence. » Dans cet univers d’après-guerre, l’essentielle humanité de l’homme devient obsolète, dépassée, incompatible avec les exigences du système technique triomphant.

Dans le tome II de l’Obsolescence de l’homme , qui vient tout juste de paraître en France, Anders ne croit pas le processus achevé puisqu’il annonce, dès les années 1980, l’avènement d’une « troisième révolution industrielle » , qui sera marquée par la « cannibalisation » pure et simple de l’humanité de l’homme par la technique, non plus seulement sa chosification assumée mais sa désertion et son passage dans le

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

Johann Chapoutot : « Les nazis n’ont pas pris le pouvoir, on le leur a donné »
Entretien • 4 novembre 2026 abonné·es

Johann Chapoutot : « Les nazis n’ont pas pris le pouvoir, on le leur a donné »

De la soumission de la bourgeoisie allemande à la montée du libéralisme autoritaire, l’historien revient sur les mécanismes qui ont permis l’installation des nazis au pouvoir en 1933. Une histoire qui éclaire, selon lui, certaines évolutions politiques contemporaines, en Allemagne comme en France et aux États-Unis.
Par Olivier Doubre
États-Unis et Moyen-Orient : Gilbert Achcar revisite la notion d’anti-impérialisme
Idées • 30 octobre 2026 abonné·es

États-Unis et Moyen-Orient : Gilbert Achcar revisite la notion d’anti-impérialisme

Le chercheur franco-libanais publie un livre important qui analyse les fondamentaux de la politique de Donald Trump au Moyen-Orient, remontant à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et affronte quelques conservatismes idéologiques de la gauche.
Par Denis Sieffert
Chouayb, Manelle et Mélissa : « Les autorités veulent nous faire peur pour qu’on arrête »
Entretien • 29 octobre 2026 abonné·es

Chouayb, Manelle et Mélissa : « Les autorités veulent nous faire peur pour qu’on arrête »

Il est elles sont mobilisé·es dans le mouvement social en cours. Chouayb, un des délégués du Collectif des jeunes de Belleville, lutte depuis trois ans pour le droit à l’hébergement et à la scolarisation des mineur·es isolé·es. Manelle, lycéenne en Île-de-France, a subi deux gardes à vue depuis qu’elle mène la lutte au sein de son établissement. Créatrice de contenus, Mélissa* affiche son soutien aux lycéen·nes, ce qui lui a valu du cyberharcèlement. Il et elles affirment la nécessité que le mouvement perdure malgré la répression.
Par Pauline Migevant et Céline Martelet
Enzo Traverso, l’histoire et la vie
Portrait • 21 octobre 2026 abonné·es

Enzo Traverso, l’histoire et la vie

L’historien italien achève sa trilogie sur les mémoires des vaincus et des révoltes, en se penchant notamment sur la « décennie rebelle » des années 1970 dans la péninsule. Décryptant pour la première fois l’histoire de ses années de jeunesse.
Par Olivier Doubre