« Indignés » : la « démocratie réelle » dans l'étau policier

À Madrid, où le campement a été levé dimanche, comme en France où les forces de l'ordre bloquent l'accès aux places publiques, le mouvement pour une « démocratie réelle » doit tenter d'exister sous une forme nouvelle pour durer.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Voilà presque un mois qu'il manifestent par milliers à travers l’Europe contre les plans d'austérité et pour une « démocratie réelle ». En Espagne comme en France, les « indignados » ont un cap délicat à franchir. Il s'agit désormais de s'inscrire dans la durée et de rester mobilisé.

L'occupation de la Puerta del Sol au cœur de la capitale ibérique, devenue un emblème du mouvement, a été levée dimanche. Les manifestants madrilènes ont voté ce démantèlement pour laisser place à des assemblées de quartiers et préparer une caravane qui sillonnera le pays du 19 juin au 19 juillet.

En France, le mouvement perdure autour d'un noyau dur, une fois éteint le feu médiatique des premiers jours. Chaque soir, des manifestants de tous horizons se réunissent par dizaines dans de nombreuses villes françaises - entre 100 et 200 à Paris - et les « commissions » poursuivent leur travail pour élaborer des propositions, votées chaque semaine en assemblées générales. Mais les « indignés » français ne sont pas assez nombreux pour installer des campements sur les places publiques, comme les Espagnols l'on fait avec succès. Pour ne rien arranger, dans l'Hexagone, les autorités ont choisi la fermeté systématique contre le mouvement.

Les gendarmes mobiles ont plusieurs fois encerclé les rassemblements, retenant pendant plusieurs heures parfois les participants dans des « gardes à vue collectives ». « La moindre de nos actions est suivie par un nombre impressionnant de gendarmes , raconte Bruno de la commission communication du mouvement parisien. Cela montre que les autorités ont peur de l'ampleur que nous pouvons prendre. C'est une question politique. » « Le gouvernement tente clairement de nous empêcher de grandir » , juge aussi Julien de la même commission. « Il maintient une pression pour que les gens s'épuisent, sans toutefois nous réprimer franchement pour éviter que cela ne soulève un mouvement de sympathie » , ajoute encore Benjamin qui anime le site internet réelledémocratie.fr.

Vendredi 10 juin à Paris, 200 personnes ont tenté en vain d'installer un campement peu après 19h. Les tentes ont été rapidement arrachées par une centaine de gendarmes et une cinquantaine de manifestants ont entamé une nuit à la belle étoile. Plus tard dans la nuit, ils ont été sommés de quitter les lieux.

Illustration - « Indignés » :  la « démocratie réelle » dans l'étau policier
Parvis de l'opéra Bastille, mardi 14 juin.

Flou juridique

À Paris, depuis l'installation d'un campement évacué par la force le 29 mai, les « indignés » n'ont plus accès aux marches de l'opéra Bastille, point de rendez-vous symbolique du mouvement. La direction de la structure évoque une question de sécurité et des travaux qui devraient être menés sur l'escalier où se réunissaient les parisiens. Mais rien n'avait été entrepris ce mardi 14 juin sur le perron tant convoité. Des « questions d'hygiènes » sont aussi soulevées par la « porte-parole » , embarrassée, de l'opéra Bastille, qui tente de rejeter la responsabilité de l’expulsion sur les forces de l'ordre. De son côté, la préfecture de police ne souhaite faire « aucun commentaire » à ce sujet et renvoie vers... le ministère de l'Intérieur.

Face à cette fermeté toute politique, les « indignados » veulent montrer des signes d'optimisme et croire en l'efficacité de leur expérience « spontanée et a-partisane » , largement incomprise par les grands médias et les partis politiques. La mobilisation doit s'inscrire dans la durée, disent-ils, comme un laboratoire de « démocratie réelle » . « Le mouvement se cherche , estime Julien. Plusieurs directions sont envisagées : camper, attendre, varier les actions... mais nous entrons dans une nouvelle étape, nous voulons nous implanter dans le paysage et durer. »

Les assemblées générales réunies dans toute la France ce week-end se sont concentrées sur l'organisation d'une journée de manifestation mondiale, prévue dimanche 19 juin. Un test important qui conditionne la survie d'une dynamique privée de symboles depuis que les places publiques sont quadrillées par la police, partout en France.

Illustration - « Indignés » :  la « démocratie réelle » dans l'étau policier
Place de la Bastille, 29 mai 2011.


→ Soutenez le premier reportage collaboratif de Politis.fr en Amérique du Nord, à la rencontre des victimes de l’exploitation des gaz de schiste et des militants opposés à cette technique destructrice.

Politis.fr



Photo : AFP / Aurelien Covasso / citizenside.com

Haut de page

Voir aussi

Articles récents