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Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 30 mai 2011

La police expulse les « Indignados » parisiens

À Paris, environ soixante personnes devaient camper sur la place de la Bastille, hier soir, après un vote en assemblée générale de 2 000 manifestants. La gendarmerie mobile est intervenue pour les déloger. Reportage.

Les autorités françaises ont donc choisi la fermeté contre une poignée de militants non-violents, à l’issue d’une journée marquée par de nombreuses mobilisations dans toute l’Europe. Dimanche après-midi, ils étaient environ 2 000 sous un franc soleil, place de la Bastille à Paris.

En fin de journée, l’assemblée générale, encerclée par les forces de l’ordre, vote le principe de l’occupation nocturne ; 67 personnes se portent publiquement volontaires pour tenir le campement. Les gendarmes mobiles, qui somment les « organisateurs » de libérer les lieux à 20h, annoncent alors qu’aucun campement ne sera autorisé sur la place.

L’affrontement est bref et contenu, mais l’acte est symbolique : l’intervention des forces de l’ordre marque un tournant dans la « French révolution » qui grossissait timidement.

Peu après 21h, environ 150 gendarmes mobiles s’immiscent dans la foule au pas de course, de part et d’autre des marches de l’Opéra où les « Indignados » se regroupent depuis dix jours, en soutien au mouvement espagnol et pour une « démocratie réelle ». Au milieu d’une harangue indignée et des « non à la violence », ils se postent en rangs serrés au sommet de l’escalier, puis descendent et poussent les manifestants en arrachant les banderoles suspendues sous le fronton de l’Opéra.

La foule reste assise aux pieds des gendarmes mobiles, sans provocation ni jets de projectiles. Mais l’avancée musclée des forces de l’ordre provoque un violent mouvement de foule dans l’escalier. Des coups sont portés contre les manifestants sur lesquels les gendarmes font usage de leurs gazeuses.

Après l’assaut, 300 à 400 personnes, des jeunes essentiellement, fuient la place dans une grande confusion. Retranchés dans les rues adjacentes, ils se dispersent dans le calme alors qu’un regroupement se forme avec une centaine de manifestants sur la place centrale de la Bastille. D’après les décomptes qui circulaient hier soir dans la foule, une personne aurait été blessée à l’épaule et deux interpellations ont été confirmées par la préfecture de police, lundi matin.

Cette expulsion marque un tournant pour les 400 « Indignados » qui se retrouvent quotidiennement à 19h sur la place de la Bastille et dans toute la France. Comme à Barcelone, après l’expulsion par la force de la place de Catalogne vendredi, cette intervention pourrait renforcer la détermination des manifestants et accroître la mobilisation. Mais le coup de force risque aussi de changer la nature de la mobilisation et d’atteindre sa vocation non-violente et « citoyenne ».

« Il y a des militants durs, dont la simple présence fait dégénérer les choses, estime un jeune désabusé face à la tournure des événements. C’est un jeu stérile avec les forces de l’ordre qui est néfaste pour notre rassemblement spontané. » « Il est primordial que nous restions non-violents, lance un autre dans une discussion qui s’emballe au milieu de la circulation. À Barcelone, ils sont restés totalement pacifiques ». 

Les « Indignados » français se sont donnés rendez-vous mardi 31 mai à 19h pour une nouvelle assemblée générale. AG à laquelle les salariés devraient se joindre à l’issue d’une manifestation pour les salaires qui prendra fin sur la place de la Bastille.

Télé Liberté a filmé le rassemblement et la charge des gendarmes mobiles :


La police évacue violemment les indignés de... par Tele-liberte


Pour suivre la mobilisation :

- Reelledemocratie.com fait le point sur les rendez-vous dans toutes la France.

- Le journal en ligne de la mobilisation agrège les articles de différents médias.

Liste des comptes Twitter actifs pour suivre la mobilisation :

@revolution_info

@democratiereell

@Acampadaparis

Ou la liste @emanach/revolutions


→ Soutenez le premier reportage collaboratif de Politis.fr en Amérique du Nord, à la rencontre des victimes de l’exploitation des gaz de schiste et des militants opposés à cette technique destructrice.

Politis.fr


Nota Bene :

Photo : AFP / Bertrand Guay

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