Pierre Larrouturou : « On arrive au bout du système »
L’économiste Pierre Larrouturou décrit les causes fondamentales de la crise financière. Selon lui, elle est loin d’être achevée et la croissance ne reviendra pas.
Il est urgent d’inventer
un nouveau modèle.
dans l’hebdo N° 1160 Acheter ce numéro

Politis : Vous reprochez aux dirigeants d’hésiter à dire au public la gravité de la crise. La situation est-elle si grave que cela ?
Pierre Larrouturou : Nombre de politiques semblent incapables de mesurer la gravité de la crise : crise sociale avec 4,6 millions d’inscrits à Pôle emploi, crise écologique avec un dérèglement climatique qui s’accélère, crise financière qui ne peut que s’aggraver… Aux États-Unis, la dette publique a augmenté de 380 milliards en trois mois, tandis que le PIB n’a augmenté que de 60 milliards au premier trimestre 2011. Ben Bernanke, le patron de la Banque centrale américaine, avoue que la croissance est « désespérément lente » et qu’il ne sait plus quoi faire. Le plus probable est que les États-Unis sont retombés en récession au deuxième trimestre. On nous présente les États-Unis et la Chine comme les deux moteurs de la croissance mondiale, mais ce sont deux bombes à retardement : en Chine, la bulle immobilière a atteint le double de la taille atteinte par la bulle aux États-Unis avant les subprimes. Elle commence à éclater : pour la première fois en vingt ans, les prix de l’immobilier baissent en Chine. On a vu en Espagne ce que donne l’éclatement d’une telle bulle : le chômage a triplé en trois ans.