Hollande / Aubry, le clash ignoré

Michel Soudais  • 29 septembre 2011
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Hollande / Aubry, le clash ignoré

Que retenir du deuxième débat entre les candidats à la primaire du PS [^2] ?
Au moins que, cette fois, les candidats ont assez distinctement affiché leurs différences… dans les limites autorisées par leur approbation commune du projet du PS pour 2012. On n’en dira pas autant des commentateurs qui, unanimement, ont déclaré François Hollande vainqueur de cette deuxième joute, immédiatement celle-ci terminée. De quoi conforter un peu plus la thèse d’une bulle médiatique autour du député de la Corrèze.
C’est donc à un débat vivant que l’on a assisté, avec de vrais échanges, sur les banques, le Smic, les salaires et le pouvoir d’achat, l’immigration, la sécurité… Parfois musclés, comme sur TVA sociale proposée par Manuel Valls, qui la rebaptise « TVA protectivité » (protection, compétitivité), mais rejetée par presque tous les autres [^3] : Une mesure « qui va toucher le pouvoir d’achat » (Martine Aubry), « de droite » (Arnaud Montebourg), « anti-sociale » (Ségolène Royal)…
Ces passes d’armes ont été beaucoup rediffusées et commentées.

Curieusement, il en est une qui est presque totalement passée inaperçue. Elle a opposé Martine Aubry et François Hollande. Au moment où elle se produit, chacun avançait ses propositions pour interdire ou limiter les licenciements boursiers. Ségolène Royal vient de prôner « l’interdiction des licenciements boursiers » par la loi ; Martine Aubry a suggéré que les salariés «puissent comme les actionnaires saisir le tribunal de commerce» pour empêcher la fermeture d’une entreprise [^4]. François Hollande avance alors sa solution : « La pénalisation financière est la seule manière d’agir vite » , il propose donc de faire « payer très cher » pour des licenciements injustifiés. Ce qui suscite cet échange:
– M. Aubry : « Tout ne s’achète pas par l’argent. »
– F. Hollande : « Dans une société mue par l’argent, oui. »
– M. Aubry : « Eh bien c’est précisément ce qu’il faut changer. »

Martine Aubry : « Tout ne s’achète pas avec… par martineaubry

Un instant de vérité révélateur de ce qui sépare ces deux-là. L’une et l’autre ont grandi dans l’ombre de Lionel Jospin. Fidèle à la ligne de l’ancien Premier ministre, Martine Aubry accepte l’économie de marché mais refuse de vivre dans une société de marché, quand François Hollande a déjà basculé dedans.
Un peu plus tard, la maire de Lille aura ce mot, visant manifestement, le député de Corrèze : « La modernité c’est de changer le système, pas seulement de le rafistoler. » A son pupitre, on aperçoit furtivement François Hollande qui relève la tête, l’air outragé.
On a eu là un avant-goût de ce qui pourrait opposer ces deux-là après le 9 octobre si, comme on nous l’annonce, ils se qualifient pour le second tour.


[^2]: Je sais bien qu’il faudrait parler de « primaires citoyennes », mais ce n’est pas la participation arrangée du radical Jean-Michel Baylet, sciemment voulue par Martine Aubry, qui change la nature de cette compétition qui consiste d’abord à désigner le candidat des socialistes.

[^3]: Hollande, lui, ne s’est pas prononcé.

[^4]: « Une solution trop bureaucratique et trop longue » , lui a lancé Ségolène Royal.

Temps de lecture : 3 minutes
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