17 octobre 1961, « crime contre la dignité des peuples »

Olivier Doubre  • 17 octobre 2011
Partager :
17 octobre 1961, « crime contre la dignité des peuples »
© Photo : Bertrand Delanoë accueille l’ambassadeur d’Algérie, Missoum Sbih, devant la plaque commémorant le massacre du 17 octobre 1961. A gauche, Nicole Borvo, sénatrice de Paris et présidente du groupe PCF au Sénat. / O. Doubre

En déposant une gerbe de fleurs devant la plaque dédiée aux Algériens morts au cours de la manifestation du 17 octobre 1961, plaque qu’il a faite apposer dès son élection, le maire de Paris a déclaré, en ce cinquantième anniversaire du massacre, « accomplir ce geste pour l’honneur de Paris et pour l’honneur de la France » . Ce symbole est fixé à deux pas de la place Saint-Michel, l’un des lieux de rassemblement des Algériens venus ce soir-là manifester pacifiquement contre un couvre-feu raciste qui les visait. Plus précisément, la plaque orne la façade de la préfecture de police où auraient été tués une cinquantaine d’Algériens, dont certains ont ensuite été jetés à la Seine.

L’allocution de Bertrand Delanoë, sobre mais empreinte d’émotion, a été prononcée devant le recteur de la grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, et l’ambassadeur d’Algérie en France, Missoum Sbih. Le maire de Paris a souligné que, pour lui, « il n’y a pas de dignité, d’avenir ni d’espérance sans le courage de la vérité » . Dédiant ce geste « aux victimes, à celles et ceux qui étaient ici et qui heureusement n’ont pas connu le pire, à la jeunesse algérienne et à la jeunesse française » , le premier édile de la capitale a aussi exprimé « sa fierté et son émotion » de déposer une gerbe portant à la fois le nom de l’ambassadeur d’Algérie et du maire de Paris, regrettant ainsi à demi-mots l’absence de toute représentation de l’Etat pour commémorer un massacre commis par la police parisienne sous l’autorité de son préfet Maurice Papon, et couvert par le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre de l’époque, Roger Frey et Michel Debré.

On pouvait apercevoir dans l’assistance de cette commémoration les élus de gauche de Paris, de la sénatrice PCF Nicole Borvo à la première adjointe de la Ville Anne Hidalgo, du maire-adjoint à la Culture Christophe Girard à l’ancien maire du XIe arrondissement (MRC) Georges Sarre. Etaient également présents le maire du IIe arrondissement, Jacques Boutault, le maire-adjoint à l’Environnement Denis Beaupin, le conseiller de Paris Sylvain Garrel (tous EELV) ou l’historien Jean-Luc Einaudi, dont les ouvrages ont largement contribué à raviver la mémoire de cet événement majeur de la guerre d’Algérie en plein Paris. Vus aussi, maître Rappaport, longtemps avocat de l’historien Pierre Vidal-Naquet ou le président de la Ligue des droits de l’Homme, Pierre Tartakowsky. La droite parisienne brillait, elle, par son absence totale à cette cérémonie.

Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Stérilet masculin : concevoir l’égalité hommes-femme
Récit 23 juillet 2026 abonné·es

Stérilet masculin : concevoir l’égalité hommes-femme

L’andrologue lilloise, spécialiste de la santé sexuelle et reproductive des hommes, s’est lancée dans la fabrication du premier stérilet masculin de l’histoire. Grâce à sa recherche, qui attise les curiosités, Julie Prasivoravong entend proposer une solution en faveur d’un meilleur partage de la charge contraceptive.
Par Hugo Forquès
Touristes et personnes exilées : les deux versants des Alpes
Reportage 22 juillet 2026 abonné·es

Touristes et personnes exilées : les deux versants des Alpes

Dans les Hautes-Alpes, à la frontière franco-italienne, coexistent deux mondes qui se croisent peu. Celui des touristes profitant de la montagne et celui des personnes exilées qui empruntent les sentiers dans des conditions dangereuses, aggravées par la militarisation de la frontière.
Par Pauline Migevant et Maxime Sirvins
Marié·es par amitié : la nouvelle désobéissance intime
Enquête 21 juillet 2026 abonné·es

Marié·es par amitié : la nouvelle désobéissance intime

Les actes politiques se jouent aussi dans la sphère privée, loin des manifestations, des meetings ou des actions coups de poing. Dans une France toujours contaminée par le patriarcat, des ami·es s’unissent pour s’offrir plus de protection et célébrer la force du lien.
Par Céline Martelet
Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser
Analyse 17 juillet 2026 abonné·es

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser

À rebours d’une démocratie réduite aux élections, une pratique quotidienne et autonome de l’engagement politique existe dans les quartiers populaires. Entre solidarités et résistances de l’ordinaire, culture de la street et parole critique, une ouverture qui tranche avec un ordre établi.
Par Ulysse Rabaté