Le discours du divertissement
De Valéry Giscard d’Estaing à Nicolas Sarkozy, la télévision n’a cessé depuis les années 1980 de transformer le débat politique en talk-shows divertissants.
dans l’hebdo N° 1180 Acheter ce numéro
Valéry Giscard d’Estaing en précurseur. On est le 29 septembre 1970, à « Midi chez vous », produit par Jacques Martin. Depuis les jardins de la mairie de Chamalières, la starlette du petit écran, Danièle Gilbert, interviewe le ministre de l’Économie et des Finances et maire du village. Elle minaude. « Monsieur le maire a-t-il le temps de se distraire avec tout le travail que représente la mairie de Chamalières ? » Elle sait de quoi elle cause, elle y est née. Et monsieur le maire de sortir son accordéon pour jouer « Je cherche fortune autour du chat noir ». Gros plan serré sur le regard profond (forcément profond) d’un homme politique qui a compris qu’un passage à la télévision, c’est un point de gagné. Deux ans plus tard, Giscard fait venir les caméras quand il participe à un match de foot, toujours à Chamalières. Il marque le penalty de l’égalisation à 90 secondes de la fin du match avant de répondre torse nu aux journalistes. Autour de lui, on ironise. Quand il devient président de la République, il reprend les habits de la fonction. Et on en reste là.
Dans ces années 1970 et plus, les politiques sont dans les émissions politiques. « Cartes sur table » remplit l’écran, avec Georges Marchais en aboyeur amuseur cathodique. L’incursion du politique dans le divertissement s’amorce en 1984, avec « Carnaval », une émission de rigolade de Patrick Sébastien, entre déguisements et paillettes. Il est le premier à inviter des personnalités politiques. Déguisé en Jacques Chirac, il reçoit le maire de Paris, interviewé par la marionnette Tatayet. Et Chirac de se marrer. Lionel Jospin, Premier secrétaire du Parti socialiste, en smoking, la main calée au fond de la poche, vient interpréter d’une voix grave et crispée « Les Feuilles