Le père Noël n’est pas une ordure ?

Tribune. À l'approche de Noël, Artisans du monde et Peuples solidaires en appellent à un commerce «juste», «stable» et «durable».

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« Chaque année, c’est la même rengaine… Nos villes s’illuminent, les médias nous rappellent l’importance du lien de la famille, les publicités pleuvent pour nous vendre le « cadeau idéal » qui illuminera nos fêtes de fin d’année, les sites de re-vente en ligne des cadeaux de mauvais goût se préparent à recevoir par milliers les cadeaux jugés rin-gards ou inutiles.

Enfant et adulte, tout le monde est partie prenante dans la course enivrante de Noël pour qu’au 24 au soir ou le 25 au matin, nous puissions tous, nous adonner au rituel immuable de l’ouverture des ca-deaux, au pied du sapin. Tout cela est permis car bien entendu, le père Noël veille avec sa tribu de lu-tins, à satisfaire les désirs de tous lors de cet important rendez vous festif... On connaît l’histoire, et elle se renouvelle inéluctablement, d’année en année, sans que quiconque s’interroge sur la provenance des jouets, sur les conditions de fabrication de ces cadeaux tant attendus. Un conte féérique et magique si l’on s’en tient à l’emballage… et si nous déballions le paquet ?

Reprenons le cours du jouet… en Asie. Le père Noël d’abord n’est autre qu’une folle équipe européenne ou états-unienne qui conçoit le « nouveau » produit de l’année, le chien qui aboie, la poupée qui fait les courses... Le père Noël c’est une marque, une entreprise, des marques connues de toutes et tous. Le père Noël est riche, plus riche chaque année car 158 euros dans l’Union Européenne ou 215 euros aux Etats-Unis sont dépensés par enfant.

Les lutins quant à eux sont chinois ou thaïlandais, ils sont de 3 à 5 millions, de préférence des femmes de 15 à 30 ans issues des régions rurales pauvres (80% des lutins), qui s’acheminent chaque jour dans les 8000 usines pour sortir à un rythme effréné (400 heures par mois sur les 7 jours de la semaine) les millions de jouets qui illumineront les rayons de nos supermarchés et autres magasins spécialisés pour faire rêver. Les lutins sont pauvres, toujours plus pauvres car le salaire de 3,50 euros par jour ne croît pas à la même vitesse que celui du père Noël.

Mais pourquoi Artisans du Monde et Peuples Solidaires gâchent ils toujours les fêtes en ressassant des chiffres, des portraits de travailleurs et travailleuses en Chine ou en Thaïlande? Pourquoi nous font-ils la morale alors que nous sommes impuissants face à cela ?

En tant qu’organisations de solidarité internationale nous pensons que savoir, comprendre permet d’agir. Il ne faut pas se résigner ou refuser de voir mais entendre et faire entendre cela au plus grand nombre. Les peuples peuvent affirmer qu’il faut d’autres échanges pour construire un autre monde à visage humain. Un monde qui ne se construit pas au détriment de l’autre mais avec l’autre. Noël est donc l’exemple par excellence d’un système qui veut faire oublier le mal vivre, se focaliser sur le bonheur virtuel. Un travail d’éducation s'est engagé et nous prenons nos responsabilités d’organisations citoyennes pour y répondre.

Nous portons un message de changement et nous proposons une pratique alternative par le commerce équitable. Ce commerce qui s'assure du respect des conditions de travail respectueuses de l’humain dans l’affirmation d’un droit du travail international porté par l’Organisation internationale du travail (OIT) où le travail forcé, le travail des enfants ne font pas lois mais où la garantie d’un revenu juste, le prix stable non soumis à des lois boursières, la relation commerciale durable, l’échange culturel d’égal à égal sont mis en lumière par chaque produit que propose Artisans du Monde.

Devenons la rumeur, devenons des agitateurs par des questions sur les conditions de travail, posons la question du prix, de la répartition des richesses, soyons justes équitables et solidaires, nos cadeaux auront ainsi plus de valeurs.»


Signez l’Appel Urgent Mattel qui invite la multinationale à venir écouter la voix des ouvrières chinoises lors d’une table ronde organisée en janvier 2012. Soutenez cette initiative !


Marie Paule Jammet co-présidente d’Artisans du monde
Jean Huet co-président d’Artisans du monde
Jean-Paul Sornay, Président de Peuples solidaires

Les auteurs de la tribune



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